"Le réseau SNCF au féminin est une caisse de résonance pour l'esprit d'innovation des femmes de l'entreprise".

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Rencontre avec Virginie Abadie-Dalle, Présidente de SNCF au féminin.

 

 

 

A l’approche de la 3è édition du séminaire du réseau SNCF au féminin, le blog EVE est allé à la rencontre de Virginie Abadie-Dalle, sa Présidente. On fait le point sur le réseau, son ampleur, son influence, ses actions…

Et on parle d’innovation au féminin, car c’est le thème de la rencontre qui se tiendra à Deauville du 3 au 5 juin.

 

 

 

Eve le blog : Bonjour Virginie, pour commencer, nous avons envie de vous demander des nouvelles du réseau SNCF au féminin…

Virginie Abadie Dalle : Le réseau va bien, très bien même. Nous avons franchi la barre des 4000 adhérent-es (soit 40% des femmes cadres du groupe), 600 sont passé-es par notre séminaire de Deauville, plus de 500 contribuent ou ont contribué à des groupes d’expertises. Nous nous préparons, avec Bénédicte Tilloy, à lancer à la rentrée une grande ambassade chez SNCF Réseaux.

SNCF au féminin, c’est une vraie bouffée d’air pour l’entreprise et pour les femmes en son sein.

 

 

Eve le blog : Nous sommes là pour parler notamment de Deauville… Rappelez-nous les fondamentaux de cette rencontre annuelle qui va tenir sa troisième édition du 3 au 5 juin.

Virginie Abadie-Dalle : Le séminaire de Deauville, c’est ce fameux « Me too » d’Eve, un événement sur deux jours et demi qui m’a été littéralement inspiré par la première édition d’EVE, et que j’ai développé avec l’accord enthousiaste d’Anne Thevenet-Abitbol et Sylvie Bernard-Curie.

J’ai gardé d’EVE  la dynamique inspiration/respiration, le cadre « hors les murs » qui favorise les rencontres bienveillantes, et ce fameux leitmotiv d’audace qui nous sert de fil conducteur depuis 3 ans : l’intitulé du séminaire commence toujours par la formule « Et si toutes, on osait… »

 

 

Eve le blog : Alors, qu’allez vous toutes ensemble « oser », cette année ?

Virginie Abadie-Dalle : Cette année, c’est « Et si toutes, on osait innover pour construire l’entreprise de demain ! ».

 

 

Eve le blog : Vaste programme! Concrètement, qu’est-ce qui attend les participant-es au séminaire 2015? 

Thierry Marx donnera une masterclass au séminaire SNCF au féminin

Virginie Abadie-Dalle : Comme chaque année, le séminaire commencera dans le train : un bon lieu pour le networking ! Où nous proposerons aussi des tests ludiques sur le potentiel d’innovation de chacun-e, qui prépareront les plénières et ateliers des jours à suivre.

Nous allons explorer l’innovation dans toutes ses dimensions et toutes ses incarnations. L’innovation par l’imagination, l’innovation par l’audace, l’innovation inattendue, l’innovation et l’ambition, l’innovation et la prise de risques, l’innovation et l’intuition, l’innovation sans frontières, les formules secrètes de l’innovation (on se posera la question des recettes ou bien des « non-recettes » pour innover), l’innovation dans la communication, l’innovation et l’engagement…

Nous attendons des intervenant-es divers-es et tou-tes passionnant-es : Florence Haxel, la fondatrice de Mes Bonnes Copines, l’écrivaine Marilou Aznar, Rachel Picard, la DG de Voyages SNCF, les créateurs de la marque Michel et Augustin, Christophe Deval (qui a écrit Vous avez tout pour réussir, avec Sylvie Bernard-Curie et qui nous parlera des leviers psychologiques de l’innovation), Béatrice Clermont Tonnerre, directrice Europe du Sud monétisation chez Google,  Marie-Pia Ignace, présidente de Lean France, Yves Tyrode, notre nouveau patron du digital… Et d’autres encore. Et nous finirons par un moment d’exception : une masterclass de Thierry Marx!

La dernière demi-journée sur place, en présence de Guillaume Pépy, fera le point sur les engagements solennels pris il y a trois ans en matière d’égalité pro et de féminisation des équipes managériales et dirigeantes. Ce sera un exercice d’honnêteté : sera dit ce qui a progressé mais aussi ce qui résiste et ce qui ne va pas assez vite. A Deauville, je présenterai les résultats de l’étude sur le sexisme que j’ai menée cette année et le dispositif que nous avons élaboré pour lutter plus efficacement contre…

 

 

Eve le blog : Arrêtons-nous un instant sur ce point. Où en est-on avec le sexisme chez SNCF ?

Virginie Abadie-Dalle : Là encore, il faut faire un exercice de lucidité : il y a du sexisme ordinaire dans notre entreprise. Ce n’est pas la seule, sans aucun doute, mais la direction générale a décidé d’afficher une tolérance zéro et ça passe d’abord par le fait de regarder les choses en face et de les nommer.

Les résultats de l’enquête menée en 2013 par Brigitte Grésy, pour le Conseil Supérieur à l’Egalité Professionnelle, nous positionnaient objectivement dans le bas du classement. Ce n’était pas agréable à entendre, peut-être, mais ça nous a permis de rendre tangible une réalité ressentie par les femmes comme par les hommes du groupe, mais qui, dans le quotidien des collaborateurs et collaboratrices, est volontiers renvoyée à du cas isolé, reclassée ou carrément déniée. A part le harcèlement sexuel que les femmes identifient assez bien, les manifestations du sexisme ordinaire sont trop souvent ramenées à de l’anecdotique, on met ça sur le compte de l’humour un peu lourd ou de l’ambiance « de mecs » d’une entreprise dont l’effectif est encore majoritairement masculin. Or, on sait aujourd’hui, c’est notamment prouvé par les travaux de Brigitte Grésy, que le sexisme ordinaire a de vrais effets délétères : ça entame la confiance en soi et dans l’organisation, ça dégrade la qualité de vie et des relations au travail et ça fait réellement frein à la progression professionnelle des femmes. On sait que ça nuit également aux hommes. Le sexisme n’a décidément aucune qualité! Malgré cela, il reste difficile, pour les personnes qui le subissent, de le dénoncer… Pour moi, c’est déjà un motif d’action : il faut que les femmes puissent identifier et nommer le sexisme et qu’elles se sentent autorisées à se défendre !

 

 

Eve le blog : Ce dispositif de lutte contre le sexisme que vous mettez en place, vise-t-il précisément à encourager les femmes à se défendre ? Quel est-il exactement ?

La campagne « plus jamais ça » de SNCF s’inspire du mouvement He For She

Virginie Abadie-Dalle : Il s’agit d’abord d’une formation complète, intégralement financée par le réseau SNCF au féminin, et dont pourront bénéficier ses 4000 membres. C’est une formation qui dépasse le seul stade de la sensibilisation en proposant un mapping de toutes les manifestations du sexisme. Cela, afin que chaque femme puisse, pour commencer, se situer par rapport à ce qu’elle vit, prendre conscience de l’éventuelle gravité, par les faits et/ou par leur répétition. Qu’ensuite, elle puisse disposer d’un panel de réactions parmi lesquelles choisir pour se défendre. Il y a des situations, selon les actes subis, mais aussi selon les contextes et les enjeux, et selon son propre état, où il faut pouvoir évacuer (ça ne signifie pas mettre sous le tapis) mais il y a aussi des situations où il faut dénoncer, éventuellement en faisant appel à la hiérarchie ou à des interlocuteurs dédiés.

C’est là le deuxième volet du dispositif que j’ai mis en place : un process d’alerte sur le sexisme ordinaire, les discriminations liées au genre et le harcèlement sexiste. Ce process associe la direction de l’éthique et de la déontologie du groupe, le médiateur de l’entreprise et les RH. Il fera régulièrement l’objet de publications sur le nombre de cas dénoncés et sur les sanctions prises à leur suite. Nous envoyons le signal fort que le sexisme n’a plus droit de cité chez SNCF.

D’ailleurs, à l’issue de la plénière de présentation de ce dispositif que je ferai à Deauville, nous donnerons le top départ de notre campagne interne « plus jamais ça ». C’est une campagne visuelle, inspirée par He For She, qui donne à voir des photos de femmes et d’hommes du réseau publiquement engagé-es pour « ne plus jamais laisser dire » et « ne plus jamais laisser faire » ce qui relève du sexisme ordinaire.

L’ensemble de cette plénière (la présentation de l’étude, de l’atelier, du process d’alerte et de la campagne) sera copiée-collée dans tous les séminaires de managers du groupe, durant au moins les 18 mois prochains.

 

 

Eve le blog : Une récente étude « Women in Ingeneering » révèle une dramatique sous-représentation féminine dans les process d’innovation. Est-ce qu’en prenant ce thème pour fil rouge de votre séminaire, vous voulez tirer un signal d’alarme dans l’entreprise?

Virginie Abadie-Dalle : L’innovation est évidemment un enjeu stratégique majeur pour notre groupe.  Nous avons besoin d’embarquer tout le monde dans le mouvement. Les femmes ont un vrai goût pour l’innovation. Le succès des groupes d’expertise SNCF en témoigne : dès que ces espaces de co-création d’idées nouvelles se sont ouverts, elles y ont pris part… Et pas qu’un peu!

Cet effet « appel d’air » montre qu’effectivement, l’innovation au féminin n’est pas une question de compétence ou d’appétence, mais de possibilité réelle pour les femmes de participer à l’innovation. Ca passe par le fait d’avoir des espaces pour ça, d’ouvrir les process, de faire tomber les silos pour que chacun et chacune puisse contribuer, de là où il ou elle est, dans son quotidien, à l’innovation. Ca va aussi avec la visibilité des femmes : des idées, elles en ont, et de très bonnes ; mais il faut que ces idées soient entendues !

Je veux que le reseau SNCF au féminin soit cette caisse de résonance pour toutes les femmes de la SNCF qui ont de l’esprit d’innovation à revendre!

 

 

 

Propos recueillis par Marie Donzel, pour le blog EVE.