Pascale d'Erm, porte-voix des porteurs et porteuses de changement

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Pascale d’Erm

C’est Dominique Eraud, une EVEsienne 2013 qui a attiré notre attention sur Pascale d’Erm et sur le dernier ouvrage qu’elle vient de faire paraître, Ils l’ont fait, et ça marche!, un essai consacré aux porteurs et porteuses du changement qui, partout sur le territoire, innovent, expérimentent, osent et créent au passage des modèles inspirants pour mieux vivre ensemble.

Nous avons voulu en savoir plus sur ces « new-practicers » appelé-es à devenir des « best-praticers », alors nous sommes allés interviewer celle qui les a rencontré-es et les met en lumière. Interview.

 

 

EVE : Bonjour Pascale. Le blog EVE est très curieux… Il aime faire parler les gens d’eux, de leur parcours. Quel a été le vôtre?

Pascale d’Erm : Je suis journaliste, une « curieuse professionnelle » comme dit Erik Orsenna. J’ai fait des études de sciences politiques, et j’en ai retenu l’approche systémique qui relie l’économie, la politique ou les questions sociétales. Evidemment, cette approche s’applique à l’écologie. Par ailleurs, je me suis toujours intéressée à l’Europe (souvenez-vous, dans les années 1990, ça ne passionnait pas les foules!). C’est même par cette voie que je suis arrivée à l’écologie, car en début de carrière, j’ai travaillé pour l’IFEN (ndlr : Institut Français de l’Environnement, aujourd’hui dissous) qui était à l’époque le relais français de l’Agence européenne de l’environnement de Copenhague. Puis j’ai rejoint la Fondation Nicolas Hulot dont j’étais rédactrice en chef adjointe du magazine d’éducation à l’environnement durant quatre ans. C’est ainsi que j’ai rencontré Nicolas Hulot, qui préface mon dernier livre.

Il m’a beaucoup inspirée et encouragée dès le départ, confortant l’intuition que j’avais que l’environnement serait le grand sujet des décennies à venir. Nous partageons aussi la conviction que l’éducation est la clé du respect de l’environnement : plus les gens connaissent la nature, sa beauté, sa diversité, sa force, plus ils comprennent qu’il faut la protéger et mieux ils savent le faire.

Aussi, quand en 1996, l’ex-Cinquième a lancé l’émission Gaïa qui avait véritablement cette intention pédagogique, j’ai proposé plusieurs reportages dans cet esprit, notamment un reportage sur les impacts environnementaux de la guerre en ex-Yougoslavie. Là-bas, j’ai réalisé à quel point la destruction de l’environnement retardait les effets de la paix, que la restauration des paysages, de l’eau, de la faune étaient bien des priorités pour la reconstruction. Mais j’ai aussi vu l’incroyable capacité de résistance et de résilience des humains, des femmes en particulier qui continuaient à afficher leur féminité, même sous les bombes. Une sacré claque. Cela m’a donné de l’espoir : j’ai compris qu’on pouvait compter sur l’intelligence humaine, le bon sens, la confiance en l’avenir, le courage aussi.

Alors, j’ai eu envie d’aller plus systématiquement sur le terrain, à la rencontre de ceux qui, dans leur quotidien ou leur travail, investissent pleinement leur environnement. J’ai rejoint France 3 Ouest et ai été amenée régulièrement à faire des reportages sur les « gens de mer  et du littoral » – les pêcheurs et leurs compagnes, les exploitants agricoles, les gardes du littoral, les marins, les îliens…-. J’ai réalisé que ce sont les meilleurs connaisseurs de leur propre environnement et que, pour la plupart, ils se sentent responsables à l’égard de celui-ci. Ce sont des gens sur qui on peut compter pour agir positivement et pragmatiquement.

 

 

 

EVE : Et puis vous commencez à écrire des livres…

Pascale d’Erm : Oui. Après un détour en tant que responsable éditoriale dans l’équipe de Yann Arthus-Betrand, j’écris d’abord un livre sur les maisons en bois écologiques, parce que j’en avais moi-même construit une et que je jugeais l’expérience pratique intéressante.

Puis je propose à mon éditeur, Ulmer, de créer une collection, « Les Nouvelles Utopies » qui sont en fait une synthèse des valeurs auxquelles je crois pour diffuser une écologie positive : « vivre plus lentement » (en réalité, il est surtout question de vivre à son rythme, sans confondre urgence et priorités, en privilégiant la qualité à la quantité), « vivre ensemble autrement » (sur les nouvelles formes d’habitat collectif plus solidaires comme les écoquartiers, éco-hameaux ou habitat participatif…) ou « se régénérer grâce à la nature » pour une approche plus sensorielle de nos liens avec la nature.

Parallèlement, je publie d’autres ouvrages d’éco-citoyenneté chez Glénat à ce moment là.
Par ailleurs, à cette période où j’ai moi-même des enfants en bas-âge, je rencontre beaucoup de jeunes mamans qui se posent plein de questions sur l’environnement relatives à l’éducation de leur enfant : sur l’alimentation, les substances toxiques contenues dans certains biberons, les composants chimiques des produits de soins… Je décide alors de créer avec des copines de l’époque l’association des Ecomamans pour informer et partager ces réflexions entre mamans par le biais d’ateliers où nous faisons venir des nutritionnistes, des scientifiques, des associations de santé environnementale (J’ai malheureusement dû renoncer à animer cette association faute de temps disponible pour poursuivre cet engagement bénévole). Très vite, on se rend compte que toutes ces femmes qui arrivent en disant « je voudrais bien faire mieux, mais j’ai pas le temps… » repartent en ayant trouvé quelques réponses à leurs questions, et parviennent à glisser dans leurs journées déjà très chargées des micro-actions en faveur de leur famille qui ont du sens pour elles et qui leur font réellement plaisir.

Car, cela n’a l’air de rien, mais c’est un vrai plaisir, le changement ! D’ailleurs, tous les porteurs de changement que j’ai rencontrés pour écrire mon dernier ouvrage, Ils l’ont fait et ça marche!, sont des personnes enthousiastes, portées par le sens de leur action, et qui vont bien…

 

 

EVE : Parlons justement de la genèse d’Ils l’ont fait, et ça marche!

Pascale d’Erm : En 2013, j’ai eu la chance d’être journaliste résidente à l’Institut des Futurs Souhaitables (ndlr : un Think & Do Tank dont la vocation est de produire et diffuser librement de nouveaux savoirs pour réhabiliter le « long terme » dans les décisions présentes). Une expérience incroyablement galvanisante, avec des gens qui ne se posent pas la question du « faut-il/ne faut-il pas », mais du « comment » et qui osent le changement en se disant « au pire ça marche » ! Une ode à l’action et à l’innovation. J’y ai passé six mois très stimulants, sous le signe de la bienveillance et de l’optimisme.

En parallèle, je faisais des enquêtes pour Ushuïa TV sur des sujets d’actualité plutôt polémiques (le bisphénol, les pesticides, le gaz de schiste, la transition énergétique…). J’ai ensuite commencé mon travail sur les Femmes et la nature pour un projet documentaire et éditorial de long terme. C’est là que Nicolas Hulot et les éditions Les Petits Matins m’ont proposé de rédiger un ouvrage sur le changement écologique à l’œuvre dans les territoires. J’y ai vu une incroyable opportunité d’agréger et de partager tout ce que je venais de découvrir sur les alternatives, les thèmes porteurs d’innovation, tout ce que font déjà des acteurs pionniers pour vivre autrement, produire des interactions économiques, culturelles et sociales positives entre eux et leurs environnements… Je suis donc partie à la rencontre de ces porteurs de changement.

 

 

EVE : Dans votre livre, vous présentez 14 projets qui « changent la donne ». Qu’ont-ils en commun?

Pascale d’Erm : Ce sont des projets très variés, menés par des acteurs du Pas-de Calais au Bordelais, dans des grandes métropoles comme Lyon, Nantes, Strasbourg ou Lille mais aussi des communes de 1000 habitants ou moins. Mais leur objectif commun, c’est de répondre à de vrais besoins (se loger, se nourrir sainement, trouver des alternatives aux énergies fossiles, mieux intégrer les personnes âgées dans les villes…) par de vraies solutions innovantes : soutenir l’habitat participatif, créer une pépinière d’entreprises écologiques et culturelles, mettre en place une redevance incitative au poids et à la levée pour réduire les déchets ménagers, traquer le gaspillage énergétique… Et ce qu’il y a de fabuleux, c’est que les actions mises en oeuvre vont souvent au-delà de la résolution du problème initialement posé.

Ces initiatives collectives, audacieuses, astucieuses, et disons-le, intelligentes, ont une foule de bénéfices induits, en termes de lien social, de relations intergénérationnelles, de qualité des échanges interpersonnels… Ce sont des projets qui dépassent le territoire dans lequel ils sont développés grâce à l’action des réseaux dans lesquels ils s’inscrivent : ainsi, ils pollinisent, servent de modèles transposables en entraînant de nombreux acteurs sur la voie du changement…(banques, assurances, bailleurs sociaux, administrations, entreprises…). Parfois, ils font même bouger les cadres juridiques, comme l’économie sociale et solidaire impulsée à Nantes dix ans avant le projet de loi actuel, ou l’habitat participatif qui démarra à Strasbourg longtemps avant la reconnaissance officielle en cours aujourd’hui.

En bref, ce sont des projets qui font prendre de l’avance à tout le monde. Et c’est précisément cela qui m’a toujours intéressée dans l’écologie, cette vertu de relier les hommes et les femmes en les incitant à donner le meilleur d’eux-même, dans une démarche à la fois hédoniste et empreinte de responsabilité à l’égard des générations futures.

 

 

Propos recueillis par Marie Donzel, pour le blog EVE

 

Pascale d’Erm – Ils l’ont fait, et ça marche!, Comment l’écologie change déjà la France – Les petits matins, janvier 2014

 

 

Lire aussi :

 

– Notre focus sur le Fonds Danone pour l’Ecosystème et notre interview de son directeur, Jean-Christophe Laugée, ainsi que sa tribune dans Forbes sur la notion d’intérêt général

– Notre portrait de Thomas d’Ansembourg pour qui “Toute personne qui fait du développement personnel, psychologique ou spirituel profond fait du du développement social durable ».

– Notre interview d’Hélène de Castilla, éditrice de développement personnel, qui explique combien le « change » repose plus que jamais sur un équilibre des humain-es et de chacun-e d’elles et eux avec leurs environnements.