Elles sont Fameuses, elles ont de l'ambition, elles font leur Printemps

Eve, Le Blog Best practices, Développement personnel, Egalité professionnelle, Inspirations, Rôles modèles

Rencontre avec Eric Warin, directeur du CCO de Nantes, co-fondateur du réseau des Fameuses et initiateur du Printemps des Fameuses.

 

 

Le blog EVE a assisté avec joie, il y a un an, à la naissance d’un nouvel événement de grande envergure dédié à l’égalité professionnelle et au leadership des femmes : le Printemps des Fameuses, à Nantes. A quelques jours de la seconde édition de cette manifestation, nous avons interrogé celui qui en a eu l’idée et en pilote, avec ses partenaires, l’organisation.

Rencontre avec Eric Warin, directeur du CCO à Nantes, Président de TéléNantes, co-fondateur des Fameuses.

 

 

 

Eve le blog : Bonjour Eric. Vous avez co-fondé le réseau des Fameuses, pour rassembler « les femmes qui donnent des ailes à l’Ouest ». Comment vous est venue cette idée?

Eric Warin

Eric Warin : J’ai co-fondé le réseau des Fameuses en 2013, avec Business au Féminin et plusieurs entreprises partenaires (ndlr : voir la liste des partenaires en fin d’article) après avoir fait le constat que même avec beaucoup de bonne volonté et alors que nous connaissons toutes et tous de nombreuses femmes de talents, il nous était difficile, aux un-es et aux autres, de trouver des profils féminins, que ce soit pour recruter dans les entreprises, ou pour trouver des intervenant-es lors d’événements ou d’émissions radios ou télés. Et quand c’est après 17 heures, alors, là, ça devient carrément la quadrature du cercle!

Je suis un homme de communication et de média : mon métier, c’est de donner à voir le monde. Quel monde donnez-vous à voir quand vous organisez des conférences ou diffusez des émissions où il n’y a quasiment que des hommes de 45 ans et plus qui apparaissent ? Une vision tronquée, ça saute aux yeux. Une vision uniforme, aussi, c’est flagrant rien que dans l’apparence et le vêtement… Des alignements de costumes gris ! Moi, ça m’a interpelé en tant que professionnel : je n’ai pas le sentiment de bien faire mon métier quand je n’ai qu’une partie de l’humanité à montrer, à faire parler, à faire débattre aussi, de tous sujets, politiques, économiques ou de société.

Comme je suis aussi un homme de réseau, je sais l’importance de mettre en relation et en visibilité les personnes qui ont des choses à partager entre elles et avec le reste du monde. Et je sais aussi que les femmes sont les grandes absentes des réseaux professionnels traditionnels. Alors, les Fameuses, ça a été une évidence : créer un réseau professionnel de femmes du grand ouest était indispensable.

 

 

Eve le blog : On comprend bien que votre démarche répond à votre propre volonté de « bien faire votre métier », comme vous l’avez dit… Mais on sait aussi qu’agir pour l’égalité, si c’est du bon sens, c’est aussi du pur engagement. Vous concevez-vous comme un militant de l’égalité ?

Eric Warin : Oui, je n’ai pas peur de me présenter en militant de l’égalité entre les femmes et les hommes. Je ne vais pas cacher que c’est un engagement qui résonne avec mes convictions et mes valeurs.

J’ai grandi avec les mouvements féministes des années 1960 et 1970, j’ai été baigné durant mon enfance et mon adolescence dans les grands débats qui ont donné lieu à des lois fondatrices des droits des femmes. J’ai assisté, à la période de la formation de ma personnalité, à des transformations majeures de la société. Je suis né, par exemple, au moment où les femmes ont pu signer des chèques ou travailler sans demander l’autorisation de leur mari. Tout ceci fait partie de ma culture, c’est profondément ancré en moi.

Et puis cet engagement, est également celui d’un père : j’ai trois filles ! Si ça peut les conforter, c’est bien aussi.

 

 

Eve le blog : Vous saluez les grandes évolutions du siècle dernier, en matière d’égalité femmes/hommes, et pourtant vous n’êtes pas de ceux qui considèrent que tout est fait et qu’il n’y a plus de combat à mener…

Eric Warin : Le combat des années 1960 et 1970 a fait entendre le principe de la libération des femmes de la domination des hommes et il a abouti à ce qu’on l’inscrive dans la loi. C’est une étape essentielle. Ce qu’il faut, aujourd’hui que le principe est construit, c’est en faire une réalité. Il faut passer à l’acte et que ça aille plus vite.

Ce que nous avons à relever comme défi, c’est la diffusion massive et rapide de la culture de l’égalité. Cela, parce que ça concerne tout le monde, pas que les femmes !

Les hommes doivent aussi s’engager, c’est de leur intérêt bien sûr, parce que les assignations au genre masculin sont tout aussi pesantes pour eux que les assignations aux féminin pour les femmes, mais ils n’ont de tout façon bientôt plus le choix d’être concernés ou pas. Le monde où les hommes occupent toutes les positions de pouvoir va se terminer, il est temps de prendre le train en marche pour aller vers le monde qui arrive, dans lesquelles les femmes prennent leur place, de fait, sans attendre qu’on la leur laisse.

 

 

Eve le blog : Vous faites partie de ce mouvement d’hommes qui prend officiellement fait et cause en faveur de l’égalité… Quelles réactions cela suscite-t-il dans votre environnement personnel et professionnel ?

Avec Annie Sorel (Business au Féminin)

Eric Warin : Chez les femmes, je rencontre essentiellement de la bienveillance. Je suis vigilant à donner des gages de ma sincérité, car je sais qu’il peut y avoir un soupçon d’opportunisme : je ne veux pas être « le type qui surfe sur la vague et s’achète une conduite« , je veux être un homme parmi les humain-es qui veut dialoguer à égalité sur le thème de l’égalité.

Chez les hommes, les réactions sont un peu différentes. Je passe sur les potacheries du type « gros malin, tu milites pour l’égalité pour passer du temps avec des femmes« . Le soupçon d’agir plus par gourmandise que par conviction existe, mais je préfère en sourire. Ce qui est plus intéressant, c’est que mon engagement suscite une certaine curiosité parmi les autres hommes. Ils me posent des questions, ils entrent dans le dialogue. Alors, on peut commencer à faire comprendre que c’est un sujet complexe qui appelle de l’expertise et de la culture, et pas seulement de l’opinion exprimée au débotté. Je rencontre de plus en plus d’hommes disponibles pour un échange de qualité sur les rapports femmes/hommes. En revanche, je constate qu’il est toujours difficile de faire venir des hommes à des événements consacrés à l’égalité. Il y a encore un prisme qui fait confondre « sujet égalité » avec « sujet femmes ».

 

 

Eve le blog : Nous sommes précisément à trois jours du grand événement que vous co-organisez à Nantes, le Printemps des Fameuses. Combien de personnes attendez-vous, et parmi elles, combien d’hommes?

Eric Warin : Nous pouvons recevoir 400 personnes (nous avons d’ailleurs rempli cet objectif en 2014 et je vous confirme qu’il est atteint cette année : nous avons clos les inscriptions 15 jours avant le levée de rideau!). Nous avons environ 15% à 20% d’hommes.

C’est encore trop peu, malgré nos efforts spécifiques pour les faire venir (des courriers et coups de fil ciblés, un « before » et un atelier animés par le grand spécialiste de l’engagement des hommes Antoine de Gabrielli…), mais sans préjuger de ce qui se passera vendredi (ndlr : 20 mars, Journée du Printemps des Fameuses), j’ai constaté l’an passé qu’un certain nombre de ceux qui s’étaient inscrit-es ont finalement envoyé une collaboratrice pour les représenter. Vous savez, c’est comme si, pour une conférence sur le racisme, vous demandiez à un ami noir de vous servir de doublure ! Pardon, si cette analogie dérange, mais c’est bien de ce dont il s’agit : les femmes ne vont pas penser l’égalité à notre place ni sans nous. Elles ne vont pas faire tout le boulot, sur ce terrain-là aussi !

 

 

Eve le blog : Parlons maintenant de la programmation du Printemps des Fameuses. Pour cette édition 2015, vous avez retenu le thème de l’ambition… Pourquoi ?

Eric Warin : L’ambition est un stéréotype en soi. En l’occurrence un stéréotype souvent renvoyé dans l’imaginaire collectif au champ du « masculin« , c’est « la mâchoire carré, les épaules larges et le regard conquérant tous les matins en se rasant« !

Ce stéréotype a quelque chose de repoussoir pour les femmes et pour beaucoup d’hommes aussi. Alors, pour le dépasser, nous voulons passer toute une journée à nous informer et à discuter sur ce que l’ambition est d’autre que ce cliché.

 

 

Eve le blog : Vous faites pour cela appel à des intervenant-es de très haut niveau… Pouvons-nous sans tout dévoiler de ce qui se passera le 20 mars, évoquer le contenu des plénières?

Brigitte Grésy

Eric Warin : Nous accueillons à nouveau cette année Brigitte Grésy. C’est une experte très crédible, qui instruit de façon solide et convaincante la question des stéréotypes. Commencer avec elle, c’est installer d’emblée l’idée que le sujet mérite mieux que des opinions préconçues et qu’il doit être évalué, conceptualisé et disputé au sens philosophique du terme. Brigitte Grésy fait tout cela avec brio, et aussi ce qu’il faut d’humour, pour faire passer le message.

Ensuite, Stéphanie Dommange, directrice régionale SNCF Pays de la Loire, viendra aborder la question de la féminisation des noms de métier. Là encore, c’est une question bien plus riche que les débats binaires le laissent entendre.

Puis Frédérique Cintrat viendra parler de son parcours assez exceptionnelle de femme ambitieuse et évoquer son livre Comment l’ambition vient aux filles.

 

 

Eve le blog : Vous avez aussi prévu des workshops…

Eric Warin : Certains ateliers visent à approfondir les problématiques et à lever les freins (celui d’Arnaud Pissot « Etes vous sexiste sans le savoir? », celui d’Antoine de Gabrielli sur l’engagement des hommes, celui d‘Isabelle Germain sur les stéréotypes dans les médias ou le serious game proposé par François Calvez), d’autres se conçoivent comme des boîtes à outils pour progresser efficacement et donner corps à ses ambitions (celui de Béatrice Toulon, sur la prise de parole en public, celui de Laurence Dejouany sur la négociation salariale, celui de Sophie Feracci sur les nouveaux formats de la levée de fonds, celui de Sophie Bellec sur l’art de tisser et animer son réseau…)

 

 

Eve le blog : Si on continue à dérouler le programme, on voit que vous avez prévu une grande table ronde sur le féminisme. Vous y allez franco, sans chercher de périphrases, alors que c’est un mot dont beaucoup se méfient aujourd’hui…

Eric Warin : Dans le monde professionnel, je ne sais pas si c’est de la méfiance ou une volonté de positionner avec précision le sujet dans le cadre de l’entreprise qui n’est pas le même que la scène politique.

Reste que bien sûr, quand on s’intéresse à l’égalité, on ne peut pas faire comme si le féminisme n’avait pas existé et qu’il n’avait pas tracé les sillons. On ne peut pas non plus faire comme si les discours actuels sur l’égalité n’ont rien à voir avec le féminisme et pourraient se défendre totalement de son héritage. Je crois donc, que sauf à être dans l’esquive, il faut interroger finement les rapports entre le féminisme qui se présente comme tel et d’autres mouvements en faveur de l’égalité qui entendent s’en démarquer.

Pour ça, pas le choix : il faut mettre les pieds dans le plat! Il faut en parler, il faut comprendre de quoi il s’agit, il faut explorer ce qui se joue dans les réticences que ça suscite. On entend régulièrement la phrase « Je ne suis pas féministe mais…« . Qu’y a-t-il dans ce « mais« ? C’est une restriction ou bien une forme de réadhésion par d’autres voies que le militantisme dans sa forme politique classique?

Le but du jeu n’est pas d’apporter des réponses figées à une question nécessairement dynamique, c’est de connaître mieux l’histoire du féminisme, d’en défier les caricatures, d’en explorer les diversités (d’approche, de thématiques, de modes d’action…). Il y a un vrai déficit de culture générale sur le féminisme, c’est dommage pour quelque chose sur lequel tout le monde a son avis !

 

 

Eve le blog : Et pour clore la journée, la scène du Printemps des Fameuses recevra une invitée d’exception : Nathalie Loiseau, directrice de l’ENA et auteure de Choissisez tout!

Nathalie Loiseau

Eric Warin : Nous sommes extrêmement fier-es d’accueillir Nathalie Loiseau à Nantes pour le Printemps des Fameuses. C’est un vrai rôle-modèle : une femme d’une très grande intelligence, avec un sacré tempérament, mais aussi beaucoup d’humour et d’humilité. Elle porte quelque chose de profondément disruptif : elle est tout le contraire de la bonne élève en col Claudine, elle échappe à toutes les caricatures, elle n’est jamais là où on l’attend… Elle est encore très généreuse, ça se sent dans son livre qui est résolument au partage, de l’expérience et des idées. Je sais qu’elle le sera aussi avec le public des Fameuses pour répondre à toutes les questions qui lui seront posées.

 

 

Eve le blog : Que vous souhaite-t-on, Eric, à l’avant-veille du Printemps des Fameuses?

Eric Warin : Cet événement a vocation à « créer de l’énergie positive » (c’est d’ailleurs le slogan du CCO). Pour moi, la journée sera réussie si elle est, comme je suis sûr que le sera, le lieu d’une émulation, de frottements constructifs, de réflexions contradictoires enrichissantes et d’un grand élan stimulant pour faire progresser l’égalité.

 

 

 

Propos recueillis par Marie Donzel, pour le blog EVE, avec la complicité de Charlotte Bagard (CCO).

 

 

Les partenaires du Printemps des Fameuses

 

Le Printemps des Fameuses est une initiative conjointe du CCO et de Business au féminin.

Il est conçu, produit et réalisé en partenariat avec Ouest France entreprises, Bouygues Immobilier, la Caisse d’Epargne, KPMG, SNCF, CGI, Randstad, Les Nouvelles News, Altedia Consultants.