Perrine Hanrot, la coach qui donne de la voix à ce qui fait sens

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La rédaction du blog EVE a rencontré Perrine Hanrot il y a quelques mois, lors de la Convention RH du Groupe Crédit Agricole S.A. Ce jour-là, elle a fait chanter toute une assemblée de managers et dirigeant-es au rythme d’un couplet jazzy… Et l’expérience a précisément enchanté celles et ceux qui l’ont vécue.

Alors, nous avons voulu aller à la rencontre de cette femme qui a exercé pendant plus de 20 ans comme chanteuse lyrique professionnelle, avant de faire le choix de s’orienter vers le coaching vocal puis le coaching de dirigeant-es en communication orale pour partager les enseignements de la musique mais aussi de la philosophie et de la psychologie, avec les femmes (et aussi les hommes) qui ont à cœur de réconcilier la forme et le fond, le corps et l’esprit, les sensations et le sens.

Interview.

 

 

 

Eve le blog : Bonjour Perrine. Quand on rencontre un-e artiste, la question brûle les lèvres : comment le devient-on? Ca remonte forcément à un don révélé dès la petite enfance?

Perrine Hanrot : Dans mon cas, si je mets à part le fait que nous chantions à tue-tête en famille dans la voiture quand j’étais petite et que j’adorais ça, je ne peux pas dire que c’est une vocation précoce! Certes, je joue du piano depuis que je suis toute petite, j’ai bien participé à une opérette quand j’étais au lycée français de New York, mais je ne m’imaginais pas faire de la musique ou du chant mon métier. En fait, je voulais faire médecine. Finalement, après le bac, je me suis inscrite en hypokhâgne… C’est à cette époque que j’ai commencé le chant lyrique. Il s’agissait vraiment au départ de me ménager des temps de respiration dans le rythme serré et l’ambiance assez étouffante de la prépa. Mais je me suis découvert une vraie passion! Alors, dès que j’ai pu, j’ai pris davantage de cours, j’ai fait des stages et, après ma maîtrise de philo, j’ai décidé de m’orienter vers l’étude du chant pour en faire mon métier.

Pour répondre à votre question de départ, je pense que nous sommes tous potentiellement des artistes. Ceux qui le deviennent professionnellement ressentent sans doute plus que les autres la nécessité presque vitale d’exprimer leur sensibilité, de la partager avec un public, de vibrer et créer des émotions. Pour moi, devenir chanteuse c’était participer à la beauté du monde. Le talent soit disant inné ne l’est pas forcément et surtout, n’est rien sans le travail. Je crois aussi que l’excellence va avec le fait d’être capable de partager ce que l’on sait, ce que l’on aime.

 

 

Eve le blog : Vous-même, vous êtes orientée assez vite vers le partage, en apportant le chant dans d’autres univers que le milieu musical à proprement parler…

Perrine Hanrot : J’ai effectivement mené ma carrière de mezzo-soprano tout en enseignant en parallèle le chant. Puis à la faveur d’une rencontre dans un chœur que je dirigeais, j’ai été sollicitée en 2000 pour intervenir comme chef de chœur lors d’un séminaire de cohésion d’équipe dans une entreprise.

Cette première expérience m’a fait prendre conscience que ce besoin que j’avais eu de respirer, quand j’étais en prépa, beaucoup de personnes du monde de l’entreprise le ressentent aussi, avec beaucoup d’acuité. Il y a même parfois urgence! Vous savez, les gens qui sont surmenés ou en situation difficile dans le travail utilisent une expression très parlante : « Je suis en apnée!« . Mais ce n’est pas qu’une expression, ils le sont effectivement physiquement.

J’ai aussi tout de suite perçu que faire chanter les gens, c’est une voie métaphorique mais incarnée pour engager avec eux tout un travail sur leur posture, la place du corps dans le travail, la respiration, la capacité à s’écouter les un-es les autres, la prise de conscience de la complémentarité des individualités, les ambiguïtés de la prise de parole et de la mise en visibilité

 

 

 

Eve le blog : Vous avez souhaité vous former de façon très sérieuse au coaching. Vous étiez pourtant légitime en tant que chanteuse lyrique et déjà demandée en tant que coach vocal, et le métier de coach n’exige pas de diplôme particulier pour être exercé…

Perrine Hanrot : Accompagnant et formant depuis 2009 des dirigeant-es sur la prise de parole en public et la communication interpersonnelle j’ai voulu aller plus loin dans mes coachings : certes, j’aidais les personnes à savoir ce qu’elles voulaient dire, avec quels mots mais aussi quelle voix et quel corps, et j’avais besoin de pouvoir aussi les aider sur ce qui les empêchait de dire ces mots, de faire entendre leur voix, à la fois dans leur blocages personnels et dans leur contexte professionnel. Et puis il me parait essentiel, quand on veut accompagner des personnes dans leur développement, de ne pas s’improviser coach. C’est un vrai métier, qui demande de la rigueur, de la déontologie, de la conscience de ses responsabilités et de la culture des approches existantes.

Je me suis donc inscrite à l’école de coaching d’HEC après m’être formée longuement à l’hypnose clinique ericksonnienne. C’est une approche très souple, axée sur le langage, les sensations et l’utilisation d’états modifiés de conscience tout à fait naturels qui permettent à la personne de mieux « gérer » ses émotions, comme la peur, le stress ou le trac. J’ai pu ensuite définir, avec le regard éclairant de mon superviseur, ma forme de coaching à moi, puis penser mon offre et créer ma société, « Le Sens de la Voix », en 2012.

 

 

Eve le blog : Cette forme de coaching « by Perrine Hanrot », quelles en sont les spécificités?

Perrine Hanrot : Je veux apporter aux personnes que j’accompagne l’ensemble de ce qui a nourri mon parcours et de ce qui fait sens pour moi. Je fais appel à ce que j’ai appris lors de mes formations en coaching (et de ce que j’apprends aujourd’hui en fac de psycho où je suis des cours par correspondance depuis 2013), et j’utilise aussi mes connaissances en philosophie – pour travailler sur les idées, le langage, le message, la rhétorique – et bien sûr des techniques issues du chant appliquées à la voix parlée. Je ne passe pas toujours par la voix chantée aujourd’hui : je travaille sur la communication orale dans toutes les situations professionnelles.

Ma vision est que tout est langage : nous parlons avec notre voix, et celle-ci a des possibilités bien plus étendues que ce que nous en utilisons ordinairement, mais notre corps parle aussi, nos gestes parlent, notre regard parle, nos actes parlent. C’est toute cette « gestuelle du langage » que je travaille en prenant parfois le chant comme porte d’entrée et aussi comme métaphore riche de plein d’éléments essentiels pour être bien avec soi et avec les autres (la respiration, le rythme, l’écoute, l’émotion, l’ancrage…). Mes coachings ont la particularité d’alterner en conscience des moments d’échanges et de questionnement en posture basse de coach pour faire émerger la problématique et les ressources du client, avec des moments où je partage et transmets des techniques et des exercices.

 

 

Eve le blog : Nous vous avons vue, lors de la dernière convention RH du Groupe Crédit Agricole S.A., faire chanter toute une assemblée de managers et dirigeant-es… Est-ce difficile d’embarquer dans ce type d’exercice des personnes assez peu habituées à pousser la chansonnette dans le contexte professionnel?

Perrine Hanrot : Je crois que beaucoup de monde chante dans sa salle de bains, dans sa voiture, avec ses enfants… Et beaucoup d’autres rêveraient de chanter, comme une frustration enfouie. Chanter, ça permet de faire entrer le corps en vibration, c’est une sorte d’auto-médecine spontanée pour se reconnecter avec ses émotions. Mais ça va plus loin qu’un seul plaisir intime : toutes les communautés pratiquent le chant pour entrer en communion, c’est vrai dans les églises, c’est vrai dans les manifs et mouvements militants, c’est vrai autour des feux de camp… Faire chœur est un besoin social.

Les mythes binaires auxquels notre culture française nous accroche font que l’on sépare le corps de l’esprit, l’intime du public et l’individu du collectif. Ajoutez à cela que nous mettons de la performance en tout et qu’on ne nous a pas assez appris que faire une fausse note, comme un faux pas, n’est pas un échec, ni un drame ni un motif d’humiliation, mais seulement une expression imprévue des choses et de nous-même, l’occasion de mieux se connaître et d’avancer.

Mais chanter c’est livrer de l’intime, se mettre à nu encore plus que lorsqu’on parle devant les autres, alors chanter à côté de son collègue de travail demande un véritable lâcher-prise, pour illustrer qu’on peut se faire confiance à soi et que l’on peut faire confiance au groupe. Se faire confiance à soi, c’est renouer avec l’intelligence du corps qui a un sens naturel du rythme naturel, en témoigne nos battements cardiaques ou notre respiration, des pulsations vitales auxquelles nous n’avons pas besoin de penser. Faire confiance au groupe, c’est accepter de se laisser embarquer par lui, de se laisser porter par sa dynamique qui va par exemple, vous remettre dans le bon rythme si à un moment donné, vous êtes à contre-temps. Embarquer dans un chant toute une assemblée qui n’était pas là a priori pour chanter me demande une grande énergie, une présence inspirante et entrainante pour ne pas leur laisser la possibilité de douter ni de se taire…

 

 

 

Eve le blog : Vous avez bâti une offre dédiée au « leadership des femmes » et vous intervenez régulièrement auprès de réseaux comme PotentiElles (le women network des femmes du Groupe Crédit Agricole). Pensez-vous qu’elles ont plus besoin de coaching en général et de travailler sur leur expression vocale en particulier, que les hommes?

Perrine Hanrot : Je pense que les femmes ont autant de qualités que les hommes, autant de choses à dire et autant de potentiel pour se faire entendre. Toutefois, l’éducation qu’elles reçoivent, puis la façon dont elles sont perçues dans le monde professionnel, crée de toute évidence des obstacles et des freins à leur expression. Le défaut de confiance en soi, dont on parle très souvent quand il s’agit de leadership féminin, s’entend dans leur voix, quand elles ne parlent pas assez fort ou quand elles prennent des intonations qui ne sont pas les leurs (par exemple, une voix de « petite fille » ou une voix haut perchée qui traduit de l’anxiété ou manifeste une sorte de besoin de se « changer » pour se faire entendre). Elles sont aussi régulièrement confrontées à des coupures de parole, alors qu’elles-mêmes ont plus de mal à interrompre avec fermeté un interlocuteur qui monopoliserait la discussion. Celles qui ont plus l’habitude de prendre la parole vont être parfois confrontées à d’autres écueils, comme la peur du silence et le besoin de tout dire, au risque de produire des contenus trop denses, qui seront mal entendus parce que l’auditoire décroche… Mais non, ces difficultés ne sont pas propres aux femmes et c’est important qu’elles en soient conscientes, je fais travailler aussi beaucoup d’hommes sur les mêmes sujets, et surtout ce ne sont pas des fatalités. Tout se travaille : son message, sa voix, sa présence, son leadership, que l’on soit homme ou femme !

 

 

 

 

Propos recueillis par Marie Donzel, pour le blog EVE. Avec la complicité de Clotilde Jardel (Crédit Agricole S.A.)

 

 

Lire aussi :

– Notre boîte à outils « média-training » pour une meilleure prise de parole en public

– Notre boîte à outils pour un coaching réussi

– Notre rencontre avec Béatrice Toulon, au sujet de son livre « Oui, vous avez du charisme! »

– Notre rencontre avec Christophe Deval et Sylvie Bernard-Curie, au sujet de leur livre « Vous avez tout pour réussir! ».

 

 

 

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