Les grands débats égalité et mixité, éclairés par des expert-es

Eve, Le Blog Actualité

 

 Les « best of » de l’été 2015 – 5

 

Notre série des « best of » de l’été s’achève cette semaine, avec un retour sur les grands entretiens que des expert-es d’horizons divers ont accordé au blog EVE sur les grandes questions que posent l’égalité et la mixité au monde de l’entreprise et à la société toute entière.

 

 

 

 

Mixité & diversité : facteur de performance ou principe de justice?

Longtemps vue comme l’affaire du politique (voire du militantisme), l’égalité femmes/hommes a, jusqu’au milieu des années 1990, principalement été vécue par le monde économique comme une « obligation », celle de respecter le droit et en particulier, de lutter contre les discriminations. Le paradigme s’est renversé : ce qui était hier ressenti comme un devoir imposé est aujourd’hui porté par un engagement enthousiaste des entreprises, de plus en plus nombreuses à se doter d’ambitieuses politiques de diversité incluant toutes un volet égalité femmes/hommes.

Ce changement de perspective, c’est en large partie aux récents travaux établissant une corrélation entre mixité et performance (parmi lesquels on citera la série « Women Matter » du cabinet McKinsey) qu’on le doit. Et cela s’explique, selon Ingrid Bianchi, co-fondatrice de l’AFMD (Association Française des Managers de la Diversité) ou Valérie Rocoplan, fondatrice de la société Talentis, par une meilleure conscience de la plus-value qu’apporte le mixage des profils, des parcours et des cultures, qui, en permettant une confrontation constructive des points de vue, stimule le potentiel d’innovation des organisations.

Si cette approche produit de vrais effets positifs, ne serait-ce qu’en convainquant de nombreux-ses dirigeant-es de la nécessité d’agir énergiquement pour que les femmes puissent pleinement faire leur place dans le monde économique et en particulier accéder aux responsabilités, elle n’est pas sans interroger certains esprits critiques, parmi lesquel-les la chercheuse en science politique Réjane Sénac, qui s’inquiète de voir le principe d’égalité bientôt « conditionnée » à sa rentabilité! En d’autres termes, faut-il que l’égalité « rapporte » pour qu’on la désire et la réalise? Dans un état d’esprit similaire, l’économiste Hélène Périvier en appelle au retour à la primauté du « principe de justice » pour penser des modèles économiques inclusifs, sans soumettre une valeur fondamentale de la démocratie aux aléas d’une performance par nature multi-factorielle.

 

 

Madame le directeur ou madame la directrice, une question anodine?

Madame le directeur ou Madame la directrice? La question revient régulièrement sur le tapis, en francophonie.

S’agit-il seulement d’un débat de grammairien-nes, qui tournerait incessamment autour de l’existence ou non d’un genre « neutre » (mais de forme masculine) dans la langue de Molière ? Ou y va-t-il d’une question plus large de société, quand réticence à féminiser le titre irait de pair avec résistance à reconnaître la légitimité? Le linguiste Bernard Cerquiglini fait le point sur la polémique…

 

 

Comment en finir avec le sexisme?

8 femmes sur 10 disent l’avoir croisé, sinon directement subi, un jour ou l’autre, au travail… Et de plus en plus de voix d’hommes s’élèvent pour le dénoncer, à la fois quand il s’adresse aux femmes de leur entourage mais aussi quand eux-mêmes en font l’objet. Le sexisme, sous toutes ses formes et apparences, des plus directement malveillantes aux plus faussement bienveillantes, reste une vraie plaie dans les relations professionnelles.

Comment le faire véritablement reculer? En l’identifiant et en le nommant, pour commencer, dit Brigitte Grésy, dans son récent rapport remis à la Ministre des Affaires sociales. En le qualifiant ensuite comme il doit l’être : un acte discriminant, destructeur d’estime de soi et pollueur pour l’atmosphère sociale, à l’équivalent du racisme. Et enfin, en se dotant de dispositifs efficaces de prévention et de vigilance.

 

 

Faut-il labelliser l’égalité pour la faire progresser?

Parmi les outils de lutte contre les inégalités, les labels de qualité (tels GEEIS, EDGE ou Top Employeur) ont la cote! Parce qu’ils permettent de porter un regard lucide sur les situations et de fixer des objectifs chiffrés de progression, les process de certification font vraiment bouger les lignes

Pourvu, disent à l’unisson celles et ceux qui les mettent en place que l’on aille vraiment au bout de la démarche, en interrogeant incessamment les façons de construire et d’interpréter les indicateurs!

 

 

Les femmes ont-elles un « problème » avec l’argent?

Les femmes demandent moins, gagnent moins, investissent moins, accumulent moins… Mais à quoi ça tient?

A d’objectives discriminations qui perdurent encore sur le terrain des rémunérations (il ne faut pas le nier), à des environnements socio-culturels peu habitués à les voir défendre leurs intérêts financiers et à pas mal de stéréotypes par elles-mêmes intégrés ! La psychologue Laurence Dejouany décrypte les complexes que les femmes entretiennent avec l’argent pour les inviter à plus d’assertivité quand il s’agit de négocier leur salaire. L’experte en autonomie financière Nathalie Cariou les encourage de son côté à davantage oser la prise de risque, notamment quand elles entreprennent. Et la conseillère en gestion de patrimoine Pascaline Le Berre les engage à faire valoir davantage leur valeur sur tous les plans, en cessant notamment de « travailler gratuitement » et en s’impliquant enfin dans les affaires patrimoniales du ménage (et pas que pour l’achat du logement familial).

 

 

Femme d’exception ou femme exemplaire, qu’est-ce qu’un rôle modèle féminin?

On a toutes et tous besoin de modèles pour s’inspirer et marcher dans les pas de celles et ceux qui nous ont précédé-es et montré la voie. Or, de modèles, les femmes manquent, quand les manuels scolaires d’histoire présentent moins de 5% de figures féminines ou quand 2% seulement de nos rues portent le nom d’une femme!

Pour conjurer cet « effet Matilda » qui voit les femmes agissant pour les progrès de l’humanité tomber dans l’invisibilité quand s’écrit le récit officiel de l’histoire, il faut assurément veiller à rendre aux Césarinnes ce qui leur appartient, mais aussi repenser les critères de légitimité et de reconnaissance, pour faire place à toutes et tous les porteur-ses de changement.

Mais il faut encore, explique l’historienne Natalie Pigeard-Micault, sortir du mythe de « la femme d’exception », celle qu’on désincarne en la statufiant, et qui, parce qu’elle est à la fois trop rare et trop peu humanisée, complexe les autres femmes au lieu de les inspirer. Car c’est de femmes exemplaires dans le parcours desquelles il est possible de se projeter que l’on a besoin, pas d’exceptions féminines qui viennent confirmer la règle d’une réussite au masculin.

 

 

Pourquoi et comment engager les hommes dans le combat pour l’égalité?

Historiquement porté par les femmes, le combat pour l’égalité devient de plus en plus celui des hommes. Ce n’est pas complètement nouveau, en témoigne l’engagement pionnier d’un Condorcet ou d’un Victor Hugo ; mais le mouvement prend de l’ampleur depuis quelques années avec des initiatives telles qu’HeforShe ou Male Champions of Change.

Pourquoi les hommes d’aujourd’hui y croient et se bougent pour en faire une réalité? Antoine de Gabrielli, fondateur de Mercredi-C-Papa et d’Happy Men, invoque le besoin croissant qu’ils expriment de pouvoir s’investir dans la sphère familiale et l’urgence pour eux de relâcher la pression sur le terrain professionnel. De son côté, Marie-Christine Mahéas, directrice de l’ouvrage Mixité – Quand les hommes s’engagent met en avant les valeurs nouvelles du leadership qui font de la capacité à travailler en mixité un atout essentiel de la réussite.

 

 

 

Merci d’avoir suivi tout l’été cette série de « best of » du blog EVE.

Dès la semaine prochaine, nous reprenons notre rythme et nos rubriques habituels. Et comme le séminaire EVE international approche déjà à grands pas, nous vous promettons une rentrée particulièrement riche en contenus inspirants…

 

Marie Donzel, pour le blog EVE.

 

 

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