IDCN, pour soutenir la progression professionnelle des conjoint.es d’expatrié.es

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Rencontre avec Latifa Taleb, Head of International Mobility for France – L’Oréal

 

« Avant, l’expatriation était un sujet simple pour un DRH : on proposait un poste à l’étranger à un homme, on parlait surtout de conditions salariales et il rentrait chez lui en annonçant joyeusement : “Chérie, fais les valises, on part pour Jakarta”. Quand vous faites la même proposition à une femme, ça devient “Attendez, il y a de la place au lycée français pour les enfants? Et mon conjoint, il a son travail ici, je dois lui demander de tout plaquer?”.

Ainsi, Jean-Claude Le Grand, Directeur du Développement International RH de L’Oréal, évoquait-il avec le franc parler qu’on lui sait, le sujet de l’expatriation des collaborateurs et collaboratrices en situation de double carrière, dans une interview accordée au blog EVE. C’était en 2013 et L’Oréal avait rejoint depuis un an le programme International Dual Career Network (IDCN), qui vise à favoriser l’emploi en local des conjoint.es d’expatrié.es.

Trois ans après, nous faisons le point sur cette initiative qui a depuis pris une ampleur remarquable, avec Latifa Taleb, Head of International Mobility for France qui représente L’Oréal au sein de l’Executive Board d’IDCN.

 

 

 Eve le blog : Bonjour Latifa, pouvez-vous retracer pour nous la genèse de l’aventure IDCN ?

Latifa Taleb : IDCN est une initiative lancée en 2011 par la direction de la diversité de Nestlé, pour répondre à la problématique de l’expatriation des femmes. Toutes les grandes entreprises engagées dans des politiques actives de mixité sont attentives à offrir aux femmes l’opportunité de prendre le tremplin de carrière que représente une expérience à l’étranger. Sauf que le profil de la femme expatriée de 2016 n’a rien à voir avec le profil de l’homme expatrié des époques passées. Pas plus que cette femme, aussi qualifiée et ambitieuse que son conjoint, ne veut sacrifier sa carrière pour le suivre à l’étranger, elle ne serait prête à lui demander, à lui, de mettre son projet professionnel entre parenthèses.

Les femmes et les hommes en situation de double carrière expriment aujourd’hui un même souci des bénéfices qu’ils vont tirer d’une expatriation pour leur propre évolution que des conséquences que celle-ci pourrait avoir sur le développement professionnel de leur partenaire de vie.

L’idée originelle d’IDCN était donc de proposer aux conjoint.es d’expatrié.es un accompagnement spécifique pour trouver du travail sur le marché de l’emploi local et d’offrir des opportunités de poste au sein des entreprises membres.

 

 

Eve le blog : Concrètement, que propose IDCN aux conjoint.es d’expatrié.es ?

(c) IDCN

Latifa Taleb : En premier lieu, IDCN est un réseau, présent aujourd’hui dans une quinzaine de grandes capitales économiques du monde, de Genève où l’association est née, à Hong Kong, en passant par Paris, New York, Los Angeles, Sao Paulo, Mexico, Dubai, Londres, Copenhague etc., qui favorise l’accès à l’information sur les postes à pourvoir dans les sièges et filiales locales des entreprises partenaires.

Le réseau organise des forums de recrutement et des événements réguliers lors desquels les conjoint.es d’expatrié.es peuvent se faire conseiller pour adapter leur CV, ou recevoir une initiation aux « codes » du marché de l’emploi local, se faire coacher… Et bien sûr networker!

Chaque entreprise membre doit organiser au moins un événement par site tous les deux ans. Comme plus de 70 entreprises sont engagées dans le projet IDCN, l’agenda de ces rencontres est bien rempli. Le réseau fonctionne par « location », le nombre d’événements par location dépend du nombre d’entreprises présentes et actives. Par exemple, à Paris, où nous comptons 19 sociétés partenaires, il y en a une tous les deux mois.

 

 

Eve le blog : IDCN crée aussi indirectement une communauté de conjoint.es d’expatrié.es qui ont des centres d’intérêt en partage. Ca a son importance quand on sait que les conjoint.es doivent s’intégrer dans un nouveau pays où ils ne connaissent personne…

(c) IDCN

Latifa Taleb : Bien que lorsque l’on propose une expérience à l’étranger un.e salarié.e, on veille  à ce que le projet d’expatriation soit partagée par toute la famille, il ne faut pas nier que le/la conjoint.e, en plus d’être confronté.e à des questions professionnelles, peut ressentir une vraie solitude dans sa vie personnelle, notamment dans les premiers temps. En l’occurrence, IDCN est un dispositif « pour et par » les conjoint.es d’expatrié.es : ce sont elles et eux qui font vivre l’association en y prenant des responsabilités.

Le dispositif est bien « packagé » et il est facile d’y prendre sa place pour y agir directement, notamment en participant à l’organisation des événements en tant que « volontaires » dans l’association. Ce système qui engage les conjoint.es d’expatrié.es dans la vie de l’association est bénéfique à toutes les parties : cela décharge les entreprises partenaires de toute la partie logistique et cela permet aux conjoint.es d’expatrié.es d’avoir une activité tout en acquérant de nouvelles compétences et en étant exposé.es aux entreprises qui recrutent.

 

 

Eve le blog : L’Oréal est très impliqué dans IDCN. Pourquoi cette initiative a tout particulièrement retenu l’attention de l’entreprise?

Latifa Taleb : L’Oréal a réjoint IDCN en 2012 et en est effectivement un membre très actif. Nous avons réussi à faire adhérer de nombreuses entreprises dans l’association (comme par exemple Total, la BNP Paribas ou le Ministère des Affaires Etrangères).

Pour une entreprise comme L’Oréal, qui compte 59% de femmes dans son encadrement et conduit une politique d’égalité professionnelle très affirmée, le sujet de l’expatriation au féminin est un enjeu de premier plan.

A cette question de la progression professionnelle de nos collaboratrices, il faut ajouter celle de notre attractivité pour les talents. Aujourd’hui, un employeur qui prend en compte la question des doubles carrières (ce que nous faisons dans toutes nos actions en faveur de la mixité, pas seulement en matière d’expatriation) est bien plus compétitif sur le marché des hauts potentiels que celui qui néglige la question de l’équilibre vie pro/vie perso de ses futur.es collaborateurs et collaboratrices.

De plus, nous avons la conviction profonde que l’avenir est au leadership équilibré. Or, quand nous proposons une expérience internationale à un.e manager, c’est bien avec l’intention d’en faire un.e de nos futur.es leaders et cela compte pour nous que cette personne n’ait pas que le travail dans son existence et qu’elle soit épanouie dans toutes ses vies.

 

 

 

Propos recueillis par Marie Donzel, pour le blog EVE. Avec la complicité de Jean-Claude Le Grand, Directeur du développement international RH du Groupe L’Oréal.