S'expatrier avec homme et enfants !

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Rencontre avec Virginie Masurel, senior manager chez KPMG, qui a exercé de décembre 2007 à septembre 2009 au bureau de New-York


Virginie Masurel est en poste chez KPMG depuis quatorze ans. Mariée et mère de famille, elle a passé vingt mois au bureau de New York du cabinet, entre fin 2007 et l’automne 2009. Une expérience professionnelle et personnelle stimulante, mais qui s’est nécessairement accompagnée de négociations et de compromis, au sein de sa vie professionnelle comme au sein de sa famille. Nous en avons discuté avec elle pendant près d’une heure.


Virginie Masurel

Programme Eve : Bonjour, pour vous connaître mieux et comprendre ce qui vous a poussé à tenter l’expérience de l’expatriation, pouvons-nous retracer rapidement votre parcours?

Virginie Masurel : Je suis entrée chez KPMG tout de suite après la fin de mes études, en 1998. Comme vous le savez sans doute, dans un cabinet d’audit, on gravit chaque année des grades, j’ai ainsi pu progresser régulièrement. L’expérience internationale n’avait rien d’un passage obligé dans ma carrière. En revanche, j’avais quand même choisi KPMG dès le départ parce que je savais que c’était une possibilité. Et c’était quelque chose dont j’avais envie, dès le début de ma vie professionnelle. Sauf que vous savez comment la vie est faite : on se marie, on fait un enfant, puis deux… Et le temps passe. Moi qui avais toujours voulu bouger, je me suis rendue compte un jour qu’il s’était passé neuf ans sans que je fasse aucune demande de mobilité, tout simplement parce que ce n’était jamais le bon moment.


Programme Eve : Comment le « bon moment » s’est-il présenté?

Virginie Masurel : En fait, l’envie était toujours là. Après mon deuxième enfant, j’ai commencé à en reparler à la maison, mais c’était très abstrait. L’idée faisait son chemin en moi, presque sans que j’y fasse attention. Le déclencheur, ça a été l’entretien annuel avec l’associé qui s’occupe de ma carrière. Vous savez, il y a une sorte de formulaire qu’on remplit ensemble, au moment de ces entretiens, avec une case à cocher « Demande de mobilité internationale ». Cela faisait neuf ans que systématiquement, sans que ça pose problème ni question, mon manager et moi cochions « non ». Pour la dixième année consécutive, il s’apprêtait à clore l’entretien en me disant « Bon, mobilité internationale, je suppose que c’est non… ». Et là, je me suis surprise à répondre « Eh bien, détrompe-toi! Pourquoi pas ?« . Dans mon esprit, c’était vraiment ça, « pourquoi pas? », sans projets plus précis et sans attente concrète.


Programme Eve : Et ensuite…?

Virginie Masurel : Le rebondissement de l’histoire (rire) se passe quelques mois après : deux jours avant mon départ en vacances, on me prévient qu’il y a une place au bureau de New-York de KPMG. Je suis toujours dans la perspective du « Pourquoi pas? », donc ma réaction immédiate n’est pas de me proposer pour le poste mais de suggérer qu’on y envoie un jeune du cabinet. « Ah! Mais non, Virginie, New-York ne veut pas d’un jeune, ils veulent précisément quelqu’un d’expérimenté. Tu as le profil. » M’a-t-on répondu. Ce qui fait tilt en moi, c’est le mot « New York ». A ce moment, je me dis « Virginie, tu ne peux pas avoir dans ta vie refusé d’aller travailler à New York! » Parce que New York, quand même, c’est New-York! (rire)


"Ce qui fait tilt en moi, c'est le mot New York". (c)Dougtone/flickr

Programme Eve : Donc, vous avez sauté sur l’occasion?

Virginie Masurel : J’ai commencé par appeler mon conjoint. Il m’a dit « C’est super!… Sauf que c’est non. C’est pas possible, c’est pas le moment, on peut pas, c’est trop compliqué… » Il avait raison : pour moi, c’était une opportunité, mais pour lui, qui était sur le point d’obtenir de son côté une promotion, partir, c’est y renoncer. Comme nous avons un niveau de carrière équivalent, le choix ne se faisait pas de lui-même, il impliquait nécessairement des sacrifices. Et puis, les enfants étaient petits, 3 et 5 ans. Comme tous les couples, on avait réussi à mettre en place une organisation au cordeau pour pouvoir travailler et les élever en même temps. Tout remettre en cause au moment où ça roulait, ça paraissait du délire. Du coup, j’ai demandé un peu de temps à ma hiérarchie : « Je ne dis pas non, mais je demande l’été pour y réfléchir ».

Nous avons beaucoup discuté en famille, à cette période. Mon mari a longuement mûri la question. Et, à un moment, il a basculé : pour lui, c’était bon, on partait. Et une fois qu’il avait fait son chemin et pris cette décision, on ne regarderait plus en arrière. Mais avant de donner ma réponse, je voulais en savoir plus sur le « package » que KPMG nous proposait. Notamment en termes de scolarisation des enfants, de logement. En fait, une expatriation, c’est beaucoup de questions très concrètes à envisager.


Programme Eve : Quel est le contenu de ce « package » que vous a offert KPMG?

Virginie Masurel : Essentiellement la prise en charge de l’école et d’une partie du loyer. Je n’ai sans doute pas besoin d’insister sur le prix du logement à New-York! (sourire). Et vous devinez bien sûr que la question des conditions de scolarisation de mes enfants était cruciale. Le « package » proposé répondait donc à mes attentes principales.


Programme Eve : Donc, vous faites vos valises! Comment ça se passe quand vous arrivez à New-York?

Les bureaux de KPMG à New York

Virginie Masurel : On débarque juste avant Noël et on est tous euphoriques. On a tous les quatre envie de vivre cette expérience comme une grande aventure familiale. Et moi je le vis aussi comme un incroyable challenge professionnel. Le changement d’environnement nous fait un bien fou. Mais j’avoue, j’ai aussi des coups de stress : désormais, les revenus du foyer reposent sur mon travail ; au bureau, on attend de moi d’être immédiatement opérationnelle, je ne suis pas venue là en formation, il faut que je m’adapte sans retard. J’ai énormément de travail. Le rythme est différent de celui que j’avais à Paris. La culture professionnelle aussi : par exemple, aux Etats-Unis, on socialise peu au travail, on se fait plutôt des amis dans son quartier et dans sa communauté. Là encore, il faut que je trouve ma place.

Je suis parfois traversée par un grand sentiment de culpabilité : je vois peu mes enfants, mon mari passe beaucoup plus de temps que moi à s’en occuper, j’ai énormément à prouver au bureau… C’est dans ces moments-là que je me rends compte que d’en avoir énormément discuté en famille et d’avoir pris le temps de permettre à mon conjoint d’adhérer pleinement au projet prend toute son importance. Car il me soutient infailliblement. Et c’est précieux.


Programme Eve : Un an et demi après, comment se passe votre retour à Paris? Professionnellement comme familialement?

Virginie Masurel : Professionnellement, je récupère mon poste. Mais la crise est passée par là, le contexte a changé, il a fallu que je me réadapte et que je reconstitue mon portefeuille de clients. Familialement, nous avons un grand sentiment d’enrichissement. Mon mari a mûri son projet de création d’entreprise : il a lui aussi saisi l’occasion de notre expatriation pour se réinventer professionnellement et trouver de nouveaux challenges. Nos enfants ont eux aussi énormément appris. Ce dont je suis le plus fière, c’est qu’ils ont attrapé le goût de voyager et qu’ils portent un regard complètement naturel sur les différences des cultures. On a élargi leur horizon.


Programme Eve : Vous tirez donc de cette expérience un bilan extrêmement positif?

Virginie Masurel : Oui, à tout point de vue. Je ne dirais pas que s’expatrier est une chose facile. Ca ne l’est jamais. Mais, outre la satisfaction d’avoir vu du pays (rire), d’avoir progressé intellectuellement et professionnellement, je dirais que ça renforce, à tous points de vue.


Programme Eve : Vous envisagez de renouveler l’expérience?

Virginie Masurel : Je vais vous faire ma réponse favorite, quand on me parle d’expatriation : Pourquoi pas? (rire) Mais je n’ai pas de projets concrets pour l’instant, et nous sommes cinq maintenant puisque qu’un petit troisième est né en 2010 !


Propos recueillis par Marie Donzel

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Comments 3

  1. Merci pour cette interview très intéressante, à la fois positive, nuancée et réfléchie. Je relaie sur la page Facebook d’En Aparté !

  2. Merci de partager ce beau parcours. J’ai beaucoup aime le fait que le couple decide ensemble et que cette expatriation ai ete un vrai succes pour chacun des membres de la famille! Je partage cet article! Delphine, http://www.femmesdechallenges.com

  3. Pingback: EVE Le Blog » Blog Archive » Mobilité internationale : penser les doubles carrières pour favoriser l’égalité professionnelle

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