TedGlobal 2017 : les coups de coeur de l'équipe EVE

Eve, Le Blog Actualité, Inspirations

L’équipe EVE, représentée par Anne Thevenet-Abitbol, Directrice éditoriale et artistique du Programme, Christine Descamps, Productrice exécutive et Valérie Amalou, Responsable Communication du programme, était du 27 au 30 août à Arusha, en Tanzanie pour l’édition 2017 du TedGlobal, consacrée à l’Afrique.

Voici les speakers qui ont le plus inspiré Anne, Christine et Valérie :

 

OluTimehin Adegbeye, défenseure des droits des communautés côtières de Lagos

Journaliste, poète, essayiste et romancière, OluTimehin Adegbeye est l’une des figures les plus en vue du féminisme au Nigéria.

Tenante d’une approche décoloniale des questions de genre et promotrice de l’empowerment de toutes les populations discriminées et/ou précarisées, elle a présenté lors du TedGlobal ses travaux sur les communautés côtières de Lagos. Là où, dépossédé.es de leurs terres par l’ambition pharaonique de faire de la cité historique une « nouvelle Dubai », des milliers d’habitant.es sont sacrifié.es sur l’autel de projets urbanistiques oublieux de l’humanisme.

 

Adong Judith, porte-voix des victimes de crimes de guerre

Ecrivaine, scénariste et réalisatrice ougandaise, militante des droits LGBT, Adong Judith est l’auteure de « Silent Voices », une création originale basée sur des entretiens avec des victimes des crimes de guerre.

La pièce, encensée par la critique anglo-saxonne de Kampala à Toronto en passant par Londres, fait démonstration du pouvoir de l’écoute des sans-voix du monde pour rendre dignité à l’humain et engager le changement collectif pour réussir la paix.

Le travail d’Adong Judith se poursuit au travers de la constitution d’une société de production dédiée aux projets artistiques de femmes d’Afrique de l’Est.

 

 

Christian Rodriguez, regard sur la maternité adolescente

Photographe uruguayen de renommée internationale, Christian Rodriguez a publié dans les plus grandes revues et remporté de nombreux prix pour ses travaux sur le genre et l’identité. Il mène actuellement un projet de long terme sur les mères adolescentes en Amérique latine.

Ce travail lui est inspiré par son histoire personnelle, lui qui est le fils et le frère de femmes qui ont été mères avant l’âge adulte. Pour interrompre ce « cycle » qui prive encore trop de femmes d’une partie de leur enfance et de leur jeunesse, il veut que son travail artistique contribue à conscientiser sur les droits des femmes, en portant notamment l’accent sur la responsabilisation des hommes.

 

Nighat Dad, cyber-activiste anti-harcèlement

L’avocate pakistanaise Nighat Dad est à l’origine de la Digital Rights Foundation. Son credo : « La connaissance est la liberté. Se battre pour les droits numériques des femmes, c’est lutter pour l’égalité aujourd’hui. »

Car Nighat Dad a fait le triste constat que, loin d’ouvrir de nouveaux horizons d’autonomie, d’accès au savoir et d’ouverture au monde pour les femmes, le digital est, tout particulièrement dans les cultures patriarcales, l’espace de nouvelles oppressions. Le fléau du cyber-harcèlement produit de nouvelles inégalités de genre à la vitesse de notre ère ; alors, le combat pour les droits numériques des femmes s’impose comme une urgence de notre temps.

 

 

Ndidi Mwuneli, pour une philosophie de la religion dans les affaires

L’entrepreneure sociale nigérienne Ndidi Mwuneli est connue pour être la meilleure dénicheuse de pépites entrepreneuriales au féminin sur le continent africain : fondatrice de LEAP Africa et de la Fondation NIA, elle oeuvre avec un dynamisme inégalé au développement du potentiel des jeunes femmes du continent. Distinguée par Forbes parmi les 20 Africaines les plus influentes de la planète, c’est aussi l’une des grandes stars actuelles de la planète leadership.

Pour son speech au TedGlobal, elle a choisi d’aborder l’articulation de la question religieuse avec la question économique sous l’angle philosophique. Et si Pascal, Weber et quelques autres venaient de se réincarner en femme?

Ndidi Nwuneli interviendra lors de la première édition du séminaire EVE Afrique qui se tiendra à Dakar du 12 au 14 décembre 2017.

 

Keller Rinaudo, quand les drones sauvent des vies

Start-upper dans l’âme, so Silicon Valley dans le style, Keller Rinaudo présentait lors du TED2013 un mini-robot ludique et ultra-serviable qui pouvait vous apporter le café ou vous faire la conversation. Le génie des technos a depuis fondé Zipline, opérateur de distribution de produits médicaux (médicaments, vaccins, sang de transfusion) par drones.

Le gouvernement rwandais lui a confié la construction d’une base à 50 km de Kigali et l’exploitation d’une flotte de drones capables de livrer en 15 à 30 minutes, n’importe où dans le pays, les poches de sang de transfusion. Quelques mois après la mise en service, le système de santé du Rwanda montrait de vrais progrès dans la prise en charge des urgences vitales. Pour Rinaudo, ce n’est pas qu’un succès personnel, c’est le signe que l’innovation technologique est la plus performante là où les besoins réels se font sentir et que c’est aux grands enjeux sanitaires et sociaux de l’humanité qu’elle doit servir.

 

Bibi Bakare-Yusuf, gardienne de la mémoire littéraire africaine

Née au Nigeria, Bibi Bakare-Yusuf a suivi la majeure partie de sa scolarité et l’ensemble de ses études en Angleterre. A son retour à Lagos, en 2003, pour y effectuer des recherches sur les questions de genre, elle découvre avec stupeur que les ouvrages de nombreux.ses auteur.es de son pays ne sont plus disponibles.

Pour elle, cette dépossession de la mémoire intellectuelle et littéraire est préjudiciable aux Nigérian.es en ce qu’elle les prive de leur propre culture, mais représente aussi un risque politique : qui a l’accès aux archives d’une population a le pouvoir d’en écrire le récit à sa place. Elle décide alors de fonder une maison d’édition pour assurer l’avenir archivistique de la région et garantir la participation de l’Afrique à la constitution du patrimoine écrit de l’humanité.

 

Kasiva Mutua, le Nil à coeur battant

Percussionniste et batteuse kenyanne, Kasiva Mutua marie les influences soul, reggae, zouk, samba et afrobeat dans des compositions qui créent le lien entre l’art musical traditionnel et les rythmes d’une musique monde.

Elle est membre du Nile Project, un groupe de musicien.nes activistes qui portent les grandes questions communes aux dix pays de la vallée du Nil : accès à l’eau, aux énergies, à l’éducation… Mais aussi paix et environnement, quand le fleuve est de longue date au centre de tensions géopolitiques qui sont sources de détérioration des conditions de vie et d’accroissement de la pauvreté pour les populations. Comme en écho à Beethoven pour qui « tu feras chanter le monde en chantant ton clocher », les artistes du Nile Projects font dialoguer les cultures d’une Afrique hautement diverse et résonner ses voix dans le monde entier.

 

 

Les vidéos des conférences du TedGlobal 2017 seront prochainement mises en ligne sur la chaîne Youtube TedTalks.

 

Sélection établie par Valérie Amalou.

Texte : Marie Donzel