Les actus égalité, mixité, leadership équilibré à retenir de février 2018

Eve, Le Blog Dernières contributions

Votre revue commentée des actualités clés sur le front de l’égalité professionnelle, de la mixité et du leadership équilibré.

L’anniversaire du mois : les 10 ans de la loi norvégienne de quotas de femmes dirigeantes

En 2008, la Norvège ouvrait une nouvelle ère pour la mixité en Europe en votant la première loi de quotas de femmes dirigeantes dans les conseils d’administration des grandes entreprises. A sa suite, la France installait le dispositif Copé-Zimmermann, l’Italie emboîtait le pas avec la loi Mosco-Golfi, puis c’était au tour de la Belgique, de l’Espagne, des Pays-Bas, de l’Allemagne. Les dispositions varient d’un pays à l’autre, prévoyant un objectif plus ou moins ambitieux (40% en Norvège et en France, 30% en Italie ou en Allemagne), des sanctions (dissolution du CA en Norvège, amende en France) ou non (en Espagne, aux Pays-Bas)…

Partout, cependant, le quota a eu son effet, faisant rapidement progresser la part des femmes dans les instances de gouvernance (jusqu’à 4 ou 5 fois supérieures aujourd’hui à ce qu’elle était il y a dix ans), exerçant même une influence dans certains pays, comme au Royaume-Uni, où sans loi de quota, la féminisation des conseils a sensiblement progressé. Le bilan de ces dispositifs est donc considéré comme globalement positif, ne serait-ce que parce qu’ils auront contribué à mettre durablement à l’agenda la question du leadership partagé et permis de faire mentir un certain nombre de clichés sur les femmes au pouvoir.

Néanmoins, tou·te·s les expert·es s’accordent à dire que le plafond de verre a été fissuré mais n’a pas éclaté : la part des femmes dans ComEx, comme dans la population de dirigeant·e·s n’a pas évolué… Ou beaucoup trop peu. Recourir à nouveau au droit pour réussir la mixité à tous les échelons des organisations serait un peu désolant, quand la démonstration a été si bien faite par le cas des CA que l’on peut rapidement faire progresser l’équilibre des genres et que cela n’a que des vertus pour l’économie et la société.

La performance du mois : les JO de Pyeongchang battent un record de mixité

Médaille d’or pour Pyeongchang : jamais des Jeux d’hiver n’ont été aussi paritaires, avec 47% d’athlètes féminines. Aujourd’hui, une seule discipline olympique hivernale reste inaccessible aux femmes : le combiné nordique (mais ça devrait changer en 2022 !). Toutes les autres sont ouvertes aux deux genres et plusieurs sports font figure de modèles en étant pratiqués en mixité : les épreuves en couple de patinage (bien sûr !), le curling (star de ces Olympiades !), le slalom parallèle de ski alpin par équipe, le big air snowboard, le relais de biathlon…

Dans un monde sportif confronté aux limites de la performance individuelle, les nouveaux horizons de l’excellence sont clairement du côté du collectif et se dessinent peut-être bien en mixité. Toutes les disciplines de relais (en sport de glisse, mais aussi en course à pied, natation etc.), en particulier, ainsi que les sports co’ se prêtent facilement à une ré-écriture des règles du jeu pour que femmes et hommes se challengent ensemble.

Le sport, dont on sait le fort pouvoir d’incarnation des valeurs, pourrait bien, en jouant de plus en plus la carte de la mixité, œuvrer à des transformations culturelles majeures infusant notamment les mentalités du monde de l’entreprise.

Le déverrouillage du mois : l’entrepreneuriat désormais accessible aux femmes en Arabie saoudite

 

Confrontée à l’enjeu majeur de la diversification de son économie, ce qui convainc notamment les entreprises et la gouvernance politique de conduire une active stratégie d’attraction et rétention des talents, l’Arabie saoudite témoigne d’une accélération assez spectaculaire sur le plan des libertés des femmes. Après l’autorisation de conduire et d’assister à des manifestations sportives, voilà que la possibilité pour les femmes de créer une entreprise en leur nom vient d’être décidée par Riyad… Et dans la foulée, le Royaume annonce le 28 février qu’elles pourront aussi intégrer l’armée.

Le pays réputé le plus conservateur en matière de droits des femmes est-il en train de faire sa révolution sociétale ? Pas si simple, répondent des spécialistes de la région : certes, des droits clés sont concédés, mais dans les faits pour une part assez congrue de la population féminine (les élites, et en leur sein, les ressortissant·es étranger·es qu’il ne faut pas décourager) avec une vision utilitariste assumée, sans que les choses bougent vraiment sur le terrain des valeurs. Le principe de ségrégation des sexes, en particulier, qui interdit aux femmes et aux hommes d’avoir une vie sociale partagée, reste non négociable.

 

 

Le grand départ du mois : c’est parti pour la seconde édition du Homeward bound project !

 

Le Homeward bound project, c’est la plus grande expédition mondiale 100% féminine : 79 femmes scientifiques issues des 5 continents sont parties le 18 février pour un an d’exploration et de recherches en Antarctique. Une chimiste française (Anais Pages), une biologiste espagnole (Alicia Perez-Porro), une environnementaliste ougandaise (Alice Ruhweza), une géologue anglaise (Ellen Moon), une économiste autralienne (Elizabeth Ey), une physicienne italienne (Elena Joli), une vétérinaire américaine (Elisa Harvey), une urbaniste australienne (Helen Corney), une ingénieure IT chinoise (Xiaoyuan “Charlene” Ren) et beaucoup d’autres figures de proue de la science internationale mènent le plus grand projet interdisciplinaire dédié à la recherche sur l’environnement et l’avenir de la planète.

Au-delà de la mission scientifique, le  projet Homeward bound s’assume clairement comme un programme de leadership destiné à la fois à renforcer la visibilité des participantes dans le monde de la recherche et à offrir des rôles modèles inspirants pour les générations futures de femmes.

Le rapport du mois : ONU Femmes en appelle à l’égalité pour l’avenir de l’humanité

 

« L’égalité des sexes est un droit et la réalisation de ce droit est le meilleur moyen de surmonter certains des défis les plus urgents de notre époque – depuis les crises économiques et l’insuffisance des soins de santé jusqu’aux effets du changement climatique, la violence à l’égard des femmes et l’intensification des conflits. » annonce sans ambages le dernier rapport ONU Femmes.

Pour les rapporteur·e·s, l’enjeu de l’égalité est double : sortir la population féminine mondiale de la surexposition aux risques actuels (depuis les effets des crises économiques qui précarisent encore plus les femmes que les hommes au changement climatique dont elles sont les premières victimes) et permettre au monde entier de bénéficier des « idées et du leadership des femmes » pour relever les défis majeurs qui nous attendent (on ne peut plus se passer de la moitié de l’humanité !).

ONU Femmes adosse son action à l’horizon 2030 aux objectifs de développement durable de l’instance internationale, avec 17 grands champs d’intervention.

L’initiative du mois : Time’s Up s’exporte en Europe, avec le soutien d’Emma Watson

 

Aux lendemains de l’affaire Weinstein et du mouvement #MeToo qu’elle a déclenché, le fonds Times’Up a vu le jour, à l’initiative de 300 actrices américaines, pour soutenir les victimes de harcèlement et agression sexuels. Créé le 1er janvier 2018 aux Etats-Unis, le fonds a déjà récolté plus de 20 millions de dollars. Il a depuis le 18 février son antenne européenne au Royaume-Uni : c’est Emma Watson en personne qui est venue en assurer le lancement, avec une mise personnelle immédiate d’1,4 million de livres sterling. De quoi créer un bel effet levier, à hauteur de 2 millions supplémentaires fournis par des donateurs et donatrices d’horizons divers.

L’idée fait aussi son chemin en France : l’actrice Julie Gayet, en association avec la Fondation des Femmes, a réuni une centaine de consoeurs (parmi lesquelles Vanessa Paradis, Anna Mouglalis, Adèle Haenel ou Sandrine Bonnaire) pour lancer le 27 février le collectif « Et maintenant, on agit ». Une tribune dans Libération et hashtag sur les réseaux sociaux font appel aux dons des Français·es pour soutenir les associations de lutte contre les violences faites aux femmes.

 

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