La Discipline Positive : quand la fermeté alliée à la bienveillance est une méthode d’éducation… Et peut-être aussi de management!

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Les Danoners ont eu la chance de découvrir la Discipline Positive en avant-première lors de la conférence organisée pour eux, au siège de Danone, le 6 septembre dernier.


Leurs témoignages enthousiastes nous ont donné envie d’aller y regarder de plus près. Pour cela, nous avons lu l’ouvrage de Jane Nelsen, récemment paru aux éditions du Toucan et nous avons rencontré la psychoclininicienne Béatrice Sabaté qui l’a adapté et qui a introduit la Discipline Positive en France.

Méthode humaine et positive pour « construire » ses enfants et les préparer à l’avenir en en faisant des individus responsables, La Discipline Positive aussi une intarissable source d’inspiration pour mieux conjuguer vie familiale et vie professionnelle… Et aussi pour perfectionner son management.

 

 

 

 

 

 

 

Aux sources de la Discipline Positive, une « autre » psychologie

 

 

Alfred Adler, le père de la Psychologie Individuelle

La Discipline Positive trouve sa source aux origines de la psychologie.

« Le père spirituel de la Discipline Positive, nous explique Béatrice Sabaté, c’est Alfred Adler, un psychothérapeute autrichien de l’époque de Freud. Mais ces deux-là ont eu de profonds désaccords. Adler a défendu une psychothérapie par la motivation en soulignant le double besoin de contribuer et d’appartenir de chaque individu. C’était en rupture avec certaines théories et certaines méthodes freudiennes, et Freud, vous le savez n’a pas fait de cadeaux à ceux qui n’allaient pas exactement dans son sens. »

 

L’encouragement, au coeur de la motivation et de la construction de soi

 

Toutefois, la carrière d’Adler ne s’arrête pas aux bâtons que Freud lui met dans les roues : il s’envole pour les Etats-Unis et son approche intellectuelle européenne croise l’esprit pragmatique des américains. C’est là qu’un de ses disciples, Rudolf Dreikurs, modélise sa pensée et met en place les outils de la Psychologie Individuelle, une psychologie qui permet d’agir directement, en situation, sur le comportement des individus. C’est immensément encourageant.

 

L’encouragement, justement est au coeur de la philosophie adlero-dreikusienne : « C’est en insufflant du courage et de la force qu’on offre à chaque individu la possibilité de surmonter soi-même ses propres difficultés. Encourager, c’est admettre que les choses sont parfois difficiles, tout en donnant confiance à celui qui doit y fait face. » Un message qui fait directement écho, tiens donc, à notre leitmotiv, au programme EVE : donner aux femmes les clés de la confiance en elles pour qu’elles osent dépasser les stéréotypes sexistes, percer le plafond de verre et assumer leur leadership.

 

 

 

 

La Discipline Positive, pour sortir de la dialectique punition/récompense

 

 

Pourtant, c’est plus indirectement que la psychologie adlero-dreikusienne trouve aujourd’hui des applications dans la vie des femmes actives (et des pères actifs, aussi!). On retrouve en effet les préceptes de la Psychologie Individuelle dans la Discipline Positive, la méthode d’éducation élaborée par Jane Nelsen.

Les principes en sont simples : sortir de l’éternel diptyque punition/récompense pour placer l’encouragement au coeur de la relation à l’enfant, de façon à obtenir sa coopération et en faire un individu responsabilisé. Le parent n’est plus là pour valider ou invalider les actes de l’enfant, mais pour l’aider à se construire lui-même un référentiel interne qui l’accompagnera naturellement vers sa prise d’autonomie « Dire à un enfant qui a réussi quelque chose « tu dois être fier de toi », c’est autre chose que de dire « je suis fière de toi ». Dire à un enfant qui a progressé en dictée « regarde, tes efforts ont payé », c’est autre chose que de dire « tu as eu une meilleure note ». Ce qui compte, c’est ce que l’enfant peut évaluer lui-même de ses progrès et la possibilité qu’on lui offre de jouir de ses succès, pour lui, pas seulement pour satisfaire son père ou sa mère. »

 

 

 

 

Apprendre de ses erreurs

 

 

En Discipline Positive, l’erreur est une occasion, une étape et une chance

Le livre de Jane Nelsen, adapté par Béatrice Sabaté, fourmille de mille et un exemples concrets de ce type, tirés de l’expérience personnelle de l’auteure ou des cas qu’elle a étudiés au cours de sa carrière d’éducatrice. « Les exemples sont là pour démontrer la simplicité, l’évidence de la méthode. Mais La méthode est tout sauf normative, précise Béatrice Sabaté, ce n’est pas un parcours tout tracé qui vous envoie dans le fossé si vous faites une fausse manoeuvre. C’est plutôt une sorte de GPS éducatif destiné à libérer le parent, qui lui laisse la possibilité de se tromper ou de prendre d’autres voies, selon les moments, tout en retrouvant sa route ensuite. »

Car en Discipline Positive, l’erreur n’est plus une faiblesse, elle ne discrédite pas, elle n’entame pas la force de l’individu. Au contraire, elle est le lieu de l’apprentissage et l’occasion d’apprendre la réparation, de vivre la réconciliation.

 

 

 

 

Travailler à la réparation et vivre la réconciliation

 

La réconciliation? Est-ce à dire que le conflit est inévitable? « Une famille idéale, ce n’est pas une famille sans conflits ajoute Béatrice Sabaté, c’est une famille connectée! Le problème n’est pas d’éviter les heurts, mais de mettre en place les conditions pour trouver ensemble des solutions. Pour cela, en tant que parent, il faut savoir imposer une autorité juste. L’autorité juste, ce n’est pas le contrôle absolu, c’est ce qui permet de faire comprendre à l’enfant que nous n’avons pas les mêmes droits, mais que nous avons tous la même valeur. »

 

 

 

 

Le respect mutuel, respect du lien et des individus qui l’ont construit

 

 

Alors, c’est aussi lui donner un modèle? « Oui, un modèle d’adulte responsable, capable de se remettre en question, de reconnaître sa part d’erreurs. Mais c’est surtout déplacer le projecteur sur le lien éducatif et non plus sur le parent ou sur l’enfant. Ce que nous avons à respecter mutuellement, c’est la relation que nous avons bâtie, au-delà de l’individu qu’on a en face de soi et contre lequel il est légitime d’être parfois très fâché. »

Mais fâché un instant ne signifie pas qu’on soit figé sur une opinion dégradée de l’autre. Puisqu’au contraire, c’est en prenant le temps de comprendre et de rechercher des solutions qu’on renforce le lien mutuel, pendant et après la crise. Une leçon que nous retiendrons aussi, en management…

 

 

 

 

Pour une application de la Discipline Positive en management?

 

 

Et Béatrice Sabaté de nous confirmer dans cette intuition que la Discipline Positive, arsenal d’astuces éducatives conçu pour accompagner la construction de la personnalité de nos enfants en se libérant de la culpabilité parentale, est aussi très inspirante pour la vie professionnelle.

« Au centre de la Discipline Positive, il y a vraiment l’esprit de coopération. C’est une approche dynamique et non-excluante. On est ensemble et on se sort ensemble des difficultés. Quand tout fonctionne, tant mieux, c’est que le lien est là et qu’il permet d’avancer.  Mais quand ça déraille, c’est le signe qu’il est temps de revisiter les règles, de repenser le système. Le moment du déraillement n’est d’ailleurs pas un moment à part, ce n’est pas seulement une transition entre deux moments harmonieux, il fait partie de la relation, c’est un temps construit. »

 

 

 

 

Le temps de construire, ensemble

 

Mais comment faire dans une société qui semble rechercher des êtres parfaits et mal admettre la défaillance, celle des individus comme celle des organisations? « Se donner du temps, répond Béatrice Sabaté. On ne devient pas mathématicien en une demi-journée de formation au calcul. De la même façon, on ne devient pas un parent juste, ferme et bienveillant ou un manager charismatique en un claquement de doigt. Les vrais changements s’inscrivent dans le temps. Pourvu que ce temps soit dynamique et constructif. Il n’est pas passé à croiser les bras en espérant que ça change tout seul, mais il est occupé à prendre conscience pour changer de regard et à prendre confiance en ses capacités à agir pour le mieux-être de chacun pour évoluer collectivement. »

 

 

 

 

 

 

Sous le signe de la bienveillance…

 

 

Capacité de réflexion, remise en question, prise de confiance, coopération et sens du collectif sont les valeurs fondamentales de la Discipline Positive. Il faut y ajouter celle qui les couronne toutes : la bienveillance. Avec ses enfants, comme dans le couple, comme dans la vie professionnelle, porter un regard humain et engageant, positif et confiant est l’indispensable posture de l’innovation.

 

« Cette bienveillance commence par soi-même, conclut Béatrice Sabaté que nous interrogeons plus précisément sur le cas des parents qui mènent une carrière intense et ressentent souvent de la culpabilité à l’égard de leur vie familiale. Il faut pouvoir sortir de cette désagréable impression de tout le temps manquer de temps pour s’occuper des siens. Le temps change tout, c’est vrai, mais ce n’est pas une affaire de décompte des heures passées avec ses enfants, c’est la qualité du temps qui fait la vraie différence. Un parent qui travaille a la même possibilité d’être un parent juste et constructif dans sa relation à ses enfants, pourvu qu’il accepte de regarder positivement ce qu’il fait avec eux et pour eux, et non pas en se reprochant en permanence de ne pas en faire assez. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Propos recueillis par Marie Donzel

 

Pour aller plus loin :

– lire La Discipline Positive de Jane Nelsen adapté en français par Béatrice Sabaté, aux éditions du Toucan

– suivre l’actualité de La Discipline Positive en France sur le site Internet de l’Association Discipline Positive et sur le site Grandir et faire grandir dans l’encouragement créé et animé par Béatrice Sabaté

– lire l’article consacré à la Discipline Positive et au travail de Béatrice Sabaté dans Le Point

 

 

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