Le livre du mois – Philocomix : Dix philosophes, dix approches du bonheur

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La philosophie vous semble une matière trop compliquée, une activité d’« intello » ou une discipline excessivement théorique et éloignée du vécu des gens et de la vie de tous les jours ? Dans ce cas l’équipe EVE a une proposition à vous faire : la lecture des deux tomes de la BD Philocomix, coréalisée par Jean-Philippe Thivet, Jérôme Vermer et Anne-Lise Combeau. Les auteur·e·s proposent le regard de la philosophie sur les problématiques actuelles tout en rendant accessible à toutes les générations la pensée des grand·e·s philosophes de toutes époques. Voici quelques enseignements tirés de la lecture de cette réjouissante BD pour cultiver notre bien-être.

La quête de soi, de ses valeurs et de ses motivations

L’envie de se connaître, d’apprendre à écouter ses émotions et d’être en phase avec ses valeurs ne date pas d’hier ! Les grand·e·s philosophes de l’histoire ont longuement abordé ces thématiques, chacun·e à sa manière.

Certain·e·s, comme Platon, étaient plus centré·e·s sur les questions essentielles de la vie commune et l’animation d’un débat public débarrassé des paradoxes et idées reçues.

Épicure, de son côté, prônait plutôt une hygiène de vie salutaire et une attention portée sur les besoins primaires (se nourrir, se reposer, faire du sport) et sur les plaisirs intrinsèques de chaque individu, ce qu’il appelait « cultiver son jardin ».

Il y avait également Sénèque, qui était un peu rigide certes – et qui faisait souvent la tronche, si l’on croit à son portrait dans Philocomix – mais dont le discours demeure tout de même riche en apprentissages pour la vie moderne : parfois il est plus simple d’accepter ce que nous ne pouvons pas modifier et de concentrer nos énergies sur les vraies sources de changement.

Entreprendre et rester dynamique 

« Oser être soi », « Avoir le courage de se lancer dans une aventure », « Se développer »… Facile à dire, difficile à faire ? Pas forcément : parfois, il s’agit tout simplement de commencer par de petites actions quotidiennes et de respecter une routine nous permettant d’atteindre nos buts selon nos capacités et nos limitations. Ce n’est pas nous qui le disons, c’est Descartes : « Pour être heureux, il faut avoir des rêves qui nous correspondent », rappellent les auteur·e·s de Philocomix.

C’est à dire qu’il vaut mieux « ne pas désirer l’impossible » et « chercher le bonheur qui est à notre juste mesure » (les lecteurs attentifs auront compris que pour arriver à cette fin mieux vaut d’abord passer par l’étape précédente de connaissance de soi et de ses compétences).

Nietzsche nous invite pour sa part à devenir un « surhomme ».  Ne vous inquiétez pas, personne ne vous conseille d’essayer de voler – le philosophe propose plutôt que l’on cesse d’avoir peur, que l’on saisisse les opportunités et que l’on trouve son potentiel créatif pour être quelqu’un d’unique.

Mais puisque nous ne vivons pas seul·e·s dans ce monde, faisons un petit détour par les leçons de Kant, selon qui le bonheur des autres est plus important que le sien, les actions humaines doivent être « désintéressées » et les individus sont censés suivre une morale respectueuse d’autrui et productrice d’un altruisme absolu.

Pour vivre heureux… Vivons ensemble !

Apprendre à cultiver ses amitiés et à préserver les liens sociaux est un art. Cela demande beaucoup d’attention envers l’autre, de soin et d’engagement – mais nos ami·e·s sont aussi une source de bonheur irremplaçable !

C’est pour cela qu’Aristote nous conseille de bâtir des amitiés saines en suivant quelques règles, comme éviter d’être « utilitaire » et de tirer profit de nos relations, cesser d’être hypocrite et produire des rapports centrés sur le don, la réciprocité et les accords mutuels plaisants.

La vie en société exige pareillement que nous soyons respectueux des libertés des autres tout en cherchant à améliorer notre esprit par une quête de la raison : nous devons tout·e·s signer le « pacte social », comme le recommande Spinoza.

Il n’en demeure pas moins que la solitude est parfois une bonne compagnie, comme nous l’apprend Thoreau, ce penseur ayant vécu seul dans les bois à côté de l’étang de Walden Pond aux États-Unis pour réfléchir dans un cadre intime et apaisant. Selon Thoreau, le silence et le fait d’être à l’écart de l’actualité permet à l’esprit d’accueillir des idées qui ne sauraient pousser autrement.

Les deux tomes de « Philocomix » sont une bonne introduction à la philosophie et à une réflexion autour du bonheur en abordant de façon drôle et pertinente les grands écrits classiques, malgré un tout petit défaut : une seule femme – Hannah Arendt – parmi les vingt philosophes. On espère avec hâte qu’il y aura de la place pour les intellectuelles dans un tome III !

 

Marcos Fernandes pour le webmagazine EVE

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