Les métiers n'ont pas de genre : Véronique Morel, ingénieure de formation et cadre dirigeante dans l'automobile le confirme…

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Véronique Morel

Rencontre avec Véronique Morel, Directrice Achats Projets et Innovations du groupe PSA Peugeot Citroën.

A la tête d’une équipe-clé pour le Groupe, son rôle est d’identifier des fournisseurs innovants avec qui développer les technologies et éléments de la voiture de demain. c’est aussi la co-fondatrice du réseau de femmes de PSA Peugeot Citroën.

 

Bonjour Véronique. Pouvez-vous nous présenter rapidement votre parcours et votre métier ?

Je suis ingénieure de formation. D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu être ingénieure. Lorsque j’étais plus jeune, je voulais travailler dans l’aéronautique, car le produit est passionnant. Je  me suis tournée vers l’automobile pour relever un challenge supplémentaires:  la fabrication de très grande série d’un produit qui est accessible à tous. 24 ans après, je suis toujours heureuse d’avoir choisi cette voie.

Mon parcours s’organise autour de trois grandes compétences : le management de projet, les achats et la supply chain aval (c’est-à-dire le management des prévisions et réalisations commerciales).

Depuis 2010, je suis directrice Achats pour les projets et innovation. Je m’occupe d’une équipe de 300 personnes, en France et en Russie principalement [soit 30 % des acheteurs du Groupe, ndlr].

 

A quoi ressemble votre journée type ?

Alors, je dirais d’abord que je suis multi-sites : j’aime  aller à la rencontre de mes équipes, à Poissy, Vélizy, la Garenne, ou encore Sochaux. Je rencontre les ingénieurs de la Direction Recherche & Développement, de la Direction des Programmes pour faire le point  sur leurs projets véhicules et/ou sur les innovations du Groupe.

Je coordonne également les acheteurs dans leurs missions opérationnelles.

Enfin, quand la situation l’exige, je suis également amenée à négocier ou intervenir chez  nos fournisseurs. Ce sont toujours des négociations difficiles lorsque je dois monter au créneau puisque mon équipe a préalablement traité la majorité des contrats . Et puis, depuis un an, je travaille à la construction de la JPO (Joint Purchasing Organization) avec GM.

 

En parlant de l’Alliance, que pouvez-vous nous dire sur votre rôle dans sa construction ?

Pendant l’année 2012, j’ai été en charge d’un des groupes de travail dans le domaine des achats. L’objectif était de préparer les processus de travail en commun. Mon activité a été reconnue benchmark pour les 2 entreprises.  Maintenant , c’est le temps de l’action et je vais piloter la mise en œuvre de ce que nous avons imaginé ensemble l’année dernière.

 

C’est un sacré emploi du temps, avec de beaux défis à relever ! Comment faites-vous pour concilier vie professionnelle et vie personnelle ? Quels conseils donneriez-vous aux femmes et aux hommes qui ont des enfants en bas âge mais qui souhaitent s’investir au maximum ?

Pour concilier vie professionnelle et vie familiale, Il faut fixer des règles 

Le premier conseil, c’est d’être organisée. Il faut se fixer des limites, se donner des règles et s’y tenir. Par exemple, je me disais, lorsque mes filles étaient encore toutes petites, que je serai toujours là pour le petit-déjeuner, que j’irai toutes les semaines les emmener au moins une fois à l’école. Et je m’y suis tenue. Ça permet de passer du temps de qualité avec ses enfants, de ne pas culpabiliser et d’être toujours concentrée au travail. Ensuite, on doit aussi faire des choix et s’organiser avec des moyens modernes : avoir une nounou à domicile plutôt qu’à la crèche, c’est un engagement financier fort, mais c’est une solution qui existe. J’ai divorcé lorsque mes filles ont eu 3 et 5 ans, j‘ai dû donc gérer seule cette nouvelle vie à trois  : c’est grâce à ces règles que j’ai pu garder un équilibre vie privée / vie professionnelle. Aujourd’hui, mes filles ont 14 et 16 ans, et elles se portent bien, elles sont bien dans leur peau.

 

Le réseau de femmes de PSA Peugeot Citroën a maintenant 3 ans. Pourquoi avez-vous choisi d’intégrer le WEP [Women Engaged for PSA, ndlr] ?

Je n’ai pas seulement intégré le WEP, j’en suis l’une des membres fondatrices ! Nous étions sept, à l’origine, fin 2009,  à avoir fait le même constat sur la place des femmes de l’entreprise. Nous n’avions pas eu de gêne particulière jusqu’à nos 30-35 ans, mais après, nous nous sommes progressivement apperçu qu’il y avait moins de place pour les femmes, qu’elles étaient moins présentes. En bref : nous ne jouions pas un rôle assez important dans le développement de l’entreprise, nous sentions que nous avions une marge de progrès énorme, et en même temps, nous ne faisions rien concrètement. Nous nous sommes d’abord documentées et toutes les études montraient que la mixité est un vecteur de croissance.

Cette même année, mon chef m’a laissé aller au Women’s Forum où j’ai rencontré d’autres professionnelles. Ce séminaire a été un électrochoc : d’autres entreprises rencontraient le même genre de problématiques que nous, les femmes y avaient mis en place des réseaux et elles s’engageaient, s’organisaient pour faire changer les choses. De retour à Paris, nous nous sommes dit qu’il nous fallait notre réseau de femmes. Et six mois plus tard, avec le soutien de Philippe Varin, nous avons créé Women Engaged for PSA. Notre objectif, c’est de permettre le développement personnel des collaboratrices de notre entreprise, historiquement masculine, et de concourir ainsi à bâtir une entreprise plus dynamique.

 

Qu’est-ce que le réseau vous apporte ?

Les femmes sont l’avenir de l’automobile

Je dirais que d’abord, ça m’apporte des échanges : avec des plus jeunes à qui j’ai envie de dire  « Ne vous laissez pas piéger par ces 5-6 années entre 30-35 ans environ, pendant lesquelles on construit sa famille. Oser vous exprimer, n’acceptez pas les préjugés sur la maternité, les congés, etc. » Cela  me permet aussi de découvrir de nombreux métiers et c’est passionnant d’en apprendre toujours plus sur ce beau produit qu’est la voiture. Et enfin, cela  me permet de toujours me challenger intellectuellement : nous travaillons toujours en groupes de travail, pour apporter une autre vision des opportunités de l’entreprise. Par exemple, nous avions travaillé sur les « codes et culture automobiles » ; ce travail passionnant, de terrain, sociologique, marketing, nous a permis d’identifier des opportunités business réelles. Une voiture, ce n’est plus le mythe des 250 chevaux sous le capot. On a encore une marge de progrès énorme, et c’est avec les femmes qu’on la passera.

 

 

Propos recueillis par Antonia Krpina, coordinatrice du réseau de femmes de PSA Peugeot Citroën.

 

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