Isabelle Jacquot : "L'expatriation permet d'acquérir un vrai tempérament de manager"

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« Les expatrié-es de Schneider – 2 : Isabelle Jacquot »

 

 

 

Isabelle Jacquot

Le blog EVE donne la parole aux témoins des entreprises partenaires et sponsors sur toutes les expériences de leadership qu’elles mènent. Schneider Electric nous a proposé une série de rencontres avec des expatrié-es, de différents âges et de différents horizons. Second volet de ce feuilleton, après notre interview exclusive d’Emmanuelle Jacquemot, voici notre rencontre avec Isabelle Jacquot, Finance partner global functions

 

Programme EVE : Bonjour Isabelle. Pouvons-nous commencer par retracer rapidement les grandes étapes de votre carrière?

Isabelle Jacquot : Je travaille chez Schneider depuis une dizaine d’années. Avant cela, j’ai exercé des fonctions d’audit financier chez KPMG puis j’ai été responsable des comptes consolidés chez LVMH. Chez Schneider, j’ai eu différentes fonctions au sein de la direction du contrôle de gestion et j’ai notamment créé l’Académie Finance pour développer les compétences au sein de la fonction via des formations sur mesure et du support téléphonique « hotline ». Aujourd’hui, j’occupe un poste de contrôleur sur des fonctions globales.

 

Programme EVE : Vous avez une carrière très « corporate »…

Isabelle Jacquot : Oui et c’est précisément parce que je voulais sortir un peu du « corporate » et acquérir une expérience sur le terrain que je me suis expatriée pendant deux ans.

 

Programme EVE : Pourquoi a-t-il fallu que vous vous expatriez pour cela?

Isabelle Jacquot : J’étais très identifiée en France comme une experte du siège. Mon évolution vers le business n’était pas forcément évidente, d’autant que j’étais à un stade de carrière où j’étais plutôt appelée à un poste de direction. Il a été convenu, avec la DRH de Schneider qu’une place de numéro 1 dans un petit pays me conviendrait mieux qu’une place de numéro 10 dans une grande unité. Dans ces conditions, la mobilité s’imposait.

 

Programme EVE : Vous aviez déjà pensé à la mobilité?

Isabelle Jacquot : Oui. Mais ce n’était jamais vraiment le bon moment pour la famille : mon mari, qui est libéral, exerçait sur un périmètre très français, et nous avons trois enfants. Même si l’opportunité s’était présentée plus tôt, je ne sais pas si j’aurais pu la saisir.

 

Programme EVE : Qu’est-ce qui vous a justement permis de saisir l’opportunité en 2008 ?

Isabelle Jacquot : C’était le bon moment dans ma carrière, comme je l’ai dit, et c’était aussi le bon moment dans ma vie privée. Mon mari avait envie de faire évoluer son métier et les enfants avaient le bon âge, ni trop petits, ni trop grands. Ils étaient tous les trois sur le point de changer d’établissement : la grande entrait en 6è, le second en CP et le troisième à la maternelle. Mais j’ai quand même prévenu les RH que ma situation familiale faisait que je ne pourrais pas partir à la dernière minute, qu’il faudrait s’organiser un peu en amont… J’ai dit : « Ne me prévenez pas le 15 juillet pour le 1er septembre ! ». Finalement, on m’a prévenue le 13 juillet (rire) que je partais aux Pays-Bas à la rentrée.

 

Programme EVE : Et comment on fait dans ces cas-là pour trouver un logement et inscrire les enfants à l’école?

Isabelle Jacquot : On téléphone à toutes les écoles de la ville et on tombe sur des répondeurs qui annoncent gaiement qu’elles sont fermées jusqu’à la rentrée (rire). Finalement, le 15 juillet, j’ai réussi à parler à quelqu’un de l’école européenne. Le 18 juillet, je donnais ma réponse positive à Schneider et j’annonçais aux enfants qu’on partait. Ils étaient très enthousiastes, ça m’a donné beaucoup d’énergie pour la suite. On a passé tout le mois d’août à chercher une maison… Qu’on n’a pas trouvée (rire)! Finalement, on a atterri au début dans un meublé à la semaine, comme des étudiants, la bouche en coeur et les valises sous le bras!

 

Programme EVE : C’est toute une aventure. J’imagine qu’il y a eu des moments cocasses et des moments un peu plus tendus…

Isabelle Jacquot : Oui, c’est sûr. De plus, j’étais face à un challenge professionnel très important, j’avais une carte importante à jouer. Il a fallu aussi s’adapter à une autre culture professionnelle, dans un pays où les femmes arrêtent souvent de travailler quand elles ont des enfants et où les nounous ne font pas d’heures supplémentaires. C’est 18 heures pétantes pour récupérer les petits! En venant de France, je n’étais pas habituée à arrêter de travailler aussi tôt dans l’après-midi. Au Pays Bas, on est à 600 km de Paris, mais c’est déjà un autre monde.

 

Programme EVE : Diriez-vous que cette « autre culture » du travail a influencé votre organisation et la façon dont vous conciliez vie professionnelle et vie familiale?

Isabelle Jacquot : Quand j’étais sur place, pas vraiment. J’avais gardé un rythme très « français », au moins au début, quand mon mari travaillait depuis la maison. Mais comme il avait du mal à se faire une clientèle locale, il a réactivé ses contacts en France et il a été appelé à de nombreux déplacements. Au bout d’un moment, il était même toute la semaine en France et moi toute la semaine aux Pays-Bas. Alors, là, oui, par la force des choses, j’ai changé de rythme. Mais c’est surtout à mon retour que j’ai ressenti l’influence de mon expérience néerlandaise sur ma vision de l’organisation du travail. J’ai pris de nouvelles habitudes, comme de travailler le mercredi depuis la maison. Je pense que je n’aurais jamais osé demandé cet aménagement, avant.

 

Programme EVE : Au bout de deux ans, vous avez fait le choix de rentrer en France…

Isabelle Jacquot : Oui. J’avoue que je trouvais difficile d’être toute la semaine seule avec les enfants quand mon mari travaillait à Paris. J’avais aussi le sentiment d’avoir acquis l’expérience professionnelle que j’étais venue chercher. J’ai eu envie de passer à l’étape suivante. Mais les enfants, eux, seraient bien volontiers restés!

 

Programme EVE : Justement, parlons des enfants. Qu’ont-ils tiré selon vous de cette expérience?

Isabelle Jacquot : Pour eux, ça a été une aventure extraordinaire. Ils se sont épanouis, ils ont développé une grande ouverture sur le monde, ils ont aussi apprécié le modèle éducatif local… Sur lequel je suis personnellement un peu partagée : il y a des choses excellentes dans le système scolaire néerlandais, l’apprentissage des sciences en particulier est un modèle ; en revanche, j’ai dû aider mes enfants à combler pas mal de lacunes en français ou en histoire-géo quand ils sont rentrés en France. Toutefois, ce qui est génial pour les enfants, dans l’expatriation, c’est que comme ils ont de formidables capacités d’adaptation, ils prennent le meilleur partout où ils vont…

 

Programme EVE : Et pour vous, quels ont été les principaux bénéfices de cette expatriation?

 Isabelle Jacquot : D’abord, professionnellement, j’y ai vraiment trouvé la perception business que j’étais allée chercher. Ca m’aide tous les jours dans mes fonctions actuelles, de connaître toute la chaîne, depuis la production jusqu’au corporate. Oui, l’expatriation, ça permet assurément de développer sa carrière et je pense, d’acquérir un vrai tempérament de manager. Du point de vue personnel, je suis fière de l’avoir fait, je suis heureuse de m’en être donné les moyens et je regarde aujourd’hui les moments les plus cocasses avec humour. C’est une formidable expérience, mais j’insiste toujours auprès de celles et ceux que ça tente : ça se prépare! Et encore plus quand on est dans une situation de couple à double carrière.

 

 

Propos recueillis par Marie Donzel

 

 

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