Les 6 actus égalité/mixité à retenir de février 2017

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Egalité, mixité, leadership équilibré : les actus du mois de février repérées et commentées

La (rôle) modèle du mois : Mildred Dresselhaus

La firme General Electric, particulièrement volontaire en matière de mixité, compte pour important volet de sa politique d’égalité un programme de stimulation des vocations et carrières scientifiques et technologiques féminines. Le dispositif affichant l’ambition de 20 000 femmes dans des fonctions techniques d’ici à 2020, repose notamment sur la mise en lumière de rôles modèles… Qui ne soient pas uniquement, comme trop souvent en science, Marie ou Irène Curie!

C’est en l’occurrence Mildred Dresselhaus, dite la « Reine du Carbone », première femme a avoir reçu la National Medal of Science en 1990, qui a été choisie comme égérie d’une campagne publicitaire posant astucieusement la question « Et si on traitait les grandes femmes scientifiques comme des superstars? ». Jouant sur tous les codes de la fan attitude, le spot montre une « Millie » accueillie sur les plateaux télé en vedette, faisant la une des mags, se prêtant aux selfies de ses admirateurs et admiratrices, inspirant leur prénom à toute une génération de petites filles… Des images d’autant plus émouvantes que nous apprenions le 20 février 2017, la disparition de cette immense dame de la physique

 

Le slogan du mois : « none of us are equal until all of us are equal »

Dans la continuité de sa campagne « Poverty is sexist », l’ONG ONE, co-fondée par Bobby Shriver et le chanteur Bono, pour promouvoir l’égalité des genres partout sur la planète en particulier dans le monde en développement, a révélé ce mois-ci son nouveau film : « none of us are equal until all of us are equal ».

La vidéo montre des femmes et des filles de tous milieux, de tous pays, confrontées à de multiples et diverses situations de sexisme et de violences dirigées contre leur genre : stéréotypes oppressants, inégalités de traitement par les institutions, discrimination dans le monde du travail, freins à l’accès à l’instruction, unions forcées, autant de situations où les sociétés disent « non » aux femmes qui veulent être libres et mener leur vie. 

En même temps que ce film, ONE lance une lettre ouverte aux dirigeant.es de ce monde pour qu’ils prennent engagements et agissements déterminés en faveur de l’accès des filles à l’éducation. Près de 340 000 personnes à travers le monde l’ont déjà signée. Et vous?

 

Les frictions du mois : quand des quotas pour la représentation des femmes dans la politique locale provoquent des émeutes en Inde 

L’Inde, en plein développement, ne peut plus se passer des femmes. Leur faire une place est devenue vital non seulement pour mener la lutte contre le fléau des violences de genre (crimes conjugaux, violences sexuelles, défaut d’accès des fillettes à l’éducation…) qui endeuillent régulièrement le pays, mais aussi pour assurer la continuité et la qualité de service dans l’administration, les finances, les TIC, la santé, la sécurité…  Après que le gouvernement central a instauré il y a un an des quotas de femmes dans la police, le gouvernement régional du Nagaland, Etat frontalier de la Birmanie, a fait le choix de leur réserver 33% des sièges dans les instances démocratiques locales.

La mesure a créé de très violentes réactions : entre 10 000 et 15 000 manifestant.es, pour la plupart issu.es de groupes tribaux estimant que cette disposition viole les droits que leur garantit la constitution indienne et que la participation des femmes à la vie politique est contraire aux traditions culturelles du pays, se sont rassemblé.es dans les rues de la capitale (Kohima) et se sont pour certains, livrés à des actes de vandalisme. La crise s’est soldée par la démission du Ministre en chef de la région, T.R. Zeliang. Les associations féministes portant la loi de quota dans l’Etat ne cachent pas leur inquiétude. 

 

La provoc’ du mois : « Et si les filles commençaient à travailler dès 9 ans? »

L’Equal Pay Day est un mouvement international de lutte contre les inégalités salariales qui a notamment pour méthode de « compter autrement » les écarts de salaire. On lui doit par exemple la fixation d’une date annuelle, par pays, à partir de laquelle les femmes cessent de travailler « gratuitement », ou le calcul d’un manque à gagner de 500 000 $ sur une carrière imputable à un différentiel de rémunération de 20%.

La branche belge de l’organisation va encore plus loin cette année en suggérant que, pour accéder au même niveau de revenus à l’échelle d’une vie que les hommes, les femmes devraient commencer à travailler 10 ans plus tôt qu’eux. Le film montre un père parfaitement soucieux de l’avenir de sa fille et qui se résout à l’envoyer au turbin dès l’âge de 9 ans, ne voyant d’autres solutions, en l’état actuel de la société et de l’économie, pour lui garantir un même volume d’émoluments avant l’âge de la retraite. De quoi, espérons-le, provoquer un bon électrochoc!

La plateforme du mois : Matilda.education, pour une pédagogie sans sexisme

Forcément, notre oeil a été attiré par le nom de cette nouvelle plateforme proposant des contenus éducatifs interactifs d’un autre genre : Matilda, choisi en l’honneur de Matilda Gage, suffragette américaine ayant elle-même donné son prénom au concept d’Effet Matilda développé par l’historienne des sciences Margaret Rossiter à la suite des travaux de Robert King Merton sur l’effet Matthieu.

Matilda éducation est un portail pédagogique proposant près d’une centaine de ressources, essentiellement vidéo, de tous niveaux du primaire en post-bac, dans toutes les disciplines scolaires : français, histoire-géo, sciences, philo, langues vivantes, éco, sport… Où l’on apprend à s’y retrouver dans les débats linguistiques (au premier rang desquels la féminisation des noms de métiers et fonctions), où l’on découvre les grandes écrivaines que le bac « oublie » de programmer,  où l’on comprend les dynamiques spatiales qui créent et/ou entretiennent des inégalités, où l’on perfectionne son anglais avec un petit module consacré à la question du consentement, où l’on discute (avec l’économiste Hélène Périvier) de la pertinence de rapprocher l’égalité professionnelle de la recherche de performance

Chapeau bas à cette initiative participative qui n’attend que vos contributions, via un grand concours vidéo inscrit dans la continuité du projet Buzzons contre le sexisme.

 

Le backlash du mois : assiste-t-on au retour de l’idée du « coût économique » du travail des femmes? 

Un célèbre éditorialiste français provoquait il y a quelques semaines un véritable tollé en affirmant que l’égalité salariale entre les hommes et les femmes constitueraient un coût impossible à absorber par les entreprises. Si la logique strictement arithmétique peut se comprendre, car il faudrait bien payer autour de 20% supplémentaire environ la moitié de la population active française, le propos a choqué les défenseur.es d’un principe d’égalité clairement inscrit dans le code du travail depuis 1972 et confirmé par les lois de 1983 comme les tenant.es d’un discours sur la plus-value de la mixité, bénéfique à la performance.

Pourtant, malgré les progrès du droit comme de la pensée économique du travail des femmes, il semble qu’on voie poindre un certain retour aux idées conservatrices en la matière, par le truchement d’une approche micro-économique mariant comme la carpe et le lapin, convictions libérales et appels à l’austérité : un élu de l’Utah, en croisade contre une loi d’égalité dans l’Etat, a récemment argué du risque de tirer les salaires des hommes vers le bas en augmentant ceux des femmes, ce qui, selon son raisonnement, paupériserait toute la population.

Extravagance isolée ou signal faible (voire pas si faible) d’une contraction des esprits les moins ouverts à l’égalité des sexes après une période de progrès en ce champ ? Difficile de trancher sans avoir plus de recul… Mais l’essayiste américaine Susan Faludi, Prix Pulitzer pour Backlash, ouvrage décrivant les phénomènes de « retours de bâton » qui suivent chaque cycle d’évolution des droits des femmes, alerte sur la résurgence des « mythes de la masculinité » tels qu’ils opposent des résistances sévères aux libertés des femmes en même temps qu’ils restreignent les possibilités pour les hommes d’être eux-mêmes.

 

Marie Donzel & Elina Vandenbroucke, pour le webmagazine EVE