« Les femmes doivent dompter leurs propres biais de genre pour déjouer les pièges du plafond de verre »

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Rencontre avec Myriam Cohen-Welgryn, autour de son livre Et tu oseras sortir du cadre.

Myriam Cohen-Welgryn est Présidente de Mars Petcare Europe. C’est aussi une pionnière du Programme EVE : en poste chez Danone de 1997 à 2012, elle a fait partie du premier Comité des Sages qui, en 2009, a structuré avec Anne Thevenet-Abitbol, Christine Descamps, Muriel Pénicaud, Sylvie Bernard-Curie et d’autres, les fondamentaux du Programme.

Quand son nom est prononcé, celles et ceux qui la connaissent évoquent immédiatement ses fameuses lunettes rouges… Les mêmes lunettes que porte le personnage d’Olympe Castor, héroïne de l’essai illustré Et tu oseras sortir du cadre, qu’elle vient de faire paraître chez HarperCollins… Tout un symbole. Rencontre.

Vous faites partie des pionnières du Programme EVE. Qu’est-ce qui, selon vous, fait le succès durable de cette initiative en faveur du leadership équilibré ?

Myriam Cohen-Welgryn : Ce programme est à mon avis, ce que l’on trouve de plus élaboré aujourd’hui sur les questions de leadership au féminin et de leadership en général. Il est l’un des rares séminaires à inviter « à Oser être soi ». Or le clivage entre la vie personnelle et la vie professionnelle que crée l’entreprise est artificiel. Ce n’est que lorsque un individu est réconcilié et qu’il peut exprimer sa vraie personnalité, qu’il peut donner à l’entreprise tout ce que sa diversité offre de richesse.

Comment expliquez-vous qu’alors que la diversité est un facteur de richesse, on s’en soit si longtemps passé en entreprise?

Myriam Cohen-Welgryn : Une certaine culture du monde professionnel veut que l’on porte un masque pour se couler dans un moule formaté, ce qui laisse peu de place à l’originalité. Cela va si loin, qu’un jour on m’a expliqué qu’il fallait que je change de lunettes ! Mes montures rouges ne me donnaient pas l’air assez sérieux. Ce jour-là, je n’ai pas changé de lunettes, j’ai changé d’entreprise ! Pour moi, la diversité est un enjeu critique pour l’entreprise. C’est d’ailleurs une règle de la nature : plus il y a d’espèces différentes dans un  écosystème plus cet écosystème est résilient. L’entreprise doit apprendre à respecter et faire coexister les différences.

Et vos lunettes rouges sont devenues tout un symbole…

Myriam Cohen-Welgryn : Je n’avais pas du tout imaginé au départ ce que pouvait représenter ces lunettes rouges. Il me semblait juste naturel de porter des lunettes qui me plaisaient. Après cet épisode, elles sont devenues le drapeau de ma personnalité. J’en ai fait le signe du refus de me cacher, le symbole du regard iconoclaste et engagé que je veux porter sur le monde.

Vous avez affublé le personnage de votre livre, Olympe Castor, des mêmes lunettes… Pouvez-vous nous en dire plus sur ce personnage ?

Myriam Cohen-Welgryn : Olympe Castor est une référence à Olympe de Gouges et à Simone de Beauvoir, que Sartre appelait le Castor parce qu’en anglais, « Beauvoir » se prononce comme « Beaver». J’aime dessiner depuis toujours et il y a deux ans, j’ai créé ce petit personnage féministe au regard décalé sur les problématiques des femmes. J’ai posté des dessins sur Facebook et Emmanuelle Bucco-Cancès, la Directrice Générale d’HarperCollins France, m’a proposé d’en faire un livre. Un livre au féminisme joyeux et optimiste pour aider les femmes à briser le « plafond de verre ».

Quels messages voulez-vous adresser aux femmes à travers ce livre ?

Myriam Cohen-Welgryn : En puisant dans les difficultés que j’ai rencontré tout au long de ma carrière, j’ai voulu dans ce livre rendre visible les biais enfouis qui nous inhibent, nous les femmes. Le message que je veux faire passer est qu’il n’y a pas de fatalité ! Lorsqu’on apprend à décrypter les règles non écrites qui sont à l’origine du plafond de verre, on peut les déjouer.

Par ailleurs, à la fin du livre se trouve  « un manuel d’ascension des femmes en entreprise » où je résume en dix conseils ce que j’ai à transmettre pour aider les femmes à mieux s’épanouir professionnellement. Par exemple, je crois, qu’il faut tout d’abord « apprendre à se trouver » : chaque trajectoire est personnelle ; en apprenant à se connaître, on peut définir où l’on veut aller vraiment et ce dans quoi on peut exceller. Et puis aussi et surtout « apprendre à dire non », ce qui n’est pas facile, car dire non, c’est prendre un risque. Mais chacun est responsable de son destin. Il faut pouvoir se dire « si je rate ce train, il ne repassera pas… mais j’en prendrai un autre ». Enfin aussi, « Ne pas avoir peur de tomber ». Quand on se plante, on pousse !

Qu’est-ce que le leadership peut faire pour permettre à chacun et à chacune de mieux oser être soi-même ?

Myriam Cohen-Welgryn : Le rôle même du leader est de créer l’environnement de confiance qui permet de sortir de sa zone de confort et de rendre possible de vrais choix. Le leader est là pour aider à lever les barrières mentales qui nous limitent en donnant les moyens de construire ses propres solutions pour avancer. Lorsque les gens se sentent entendus et reconnus pour ce qu’ils sont, ils donnent alors, j’en ai la conviction, le meilleur d’eux même. L’authenticité et l’empathie permettent de déplacer des montagnes. Les femmes traditionnellement mieux aguerries dans ces domaines, ont en ce sens beaucoup à apporter à l’entreprise.

 

Propos recueillis par Valérie Hernandez Amalou et Marie Donzel, pour le webmagazine EVE.

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