Malala, fille spirituelle de Simone de Beauvoir

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Malala Yousafzai, l'écolière pakistanaise qui lutte pour les droits des femmes à l'instruction

Mercredi dernier, le blog EVE était invité à la remise du Prix Simone de Beauvoir au Ministère des Droits des Femmes. Cette distinction, créée en 2008, a vocation à célébrer une personne qui s’est illustrée, durant l’année écoulée, à promouvoir par son action la liberté des femmes à travers le monde.

Mercredi dernier, lors de la cérémonie de remise du Prix, la lauréate n’était hélas pas présente au Ministère des Droits des Femmes. Car Malala Yousafzai, que le jury présidé par Julia Kristeva et Sylvie Le Bon de Beauvoir avait justement choisi d’honorer, venait seulement de quitter l’hôpital Queen Elizabeth de Birmingham pour poursuivre une longue et difficile rééducation à son domicile britannique, où sa famille est actuellement en exil. Malala a été victime d’une tentative d’assassinat le 9 octobre dernier, dans le bus scolaire qui la ramenait chez elle, après les cours. Ce que ses assaillants reprochaient à Malala en lui logeant une balle dans le crâne, laquelle contourna miraculeusement son cerveau, c’était de vouloir aller à l’école. Et de le dire.

En 2009, à l’âge de douze ans, Malala ouvre un blog hébergé par la BBC, intitulé Journal d’une écolière pakistanaise. Son témoignage bouleverse le monde entier : elle, qui exprime son rêve et son ambition de devenir médecin, révèle que, dans la région occupée de Swat où elle vit, les Talibans incendient les écoles de filles et traquent les familles qui entendent donner de l’instruction aux filles. Célébrée comme une héroïne à la reprise de la vallée de Swat par l’armée régulière, elle donne son nom à son école tout juste reconstruite et reçoit des mains du premier ministre Pakistanais le Premier Prix National pour la Paix en décembre 2011.

Najat Vallaud-Belkacem et le père de Malala, à la remise du Prix Simone de Beauvoir

La plume et la voix de Malala, d’une incroyable maturité et d’une redoutable perspicacité, constituent un manifeste en soi : celui du droit inaliénable à l’éducation pour toutes et tous. Celui d’une parole qu’on ne peut faire taire, car vouloir empêcher une femme d’écrire, de lire, de s’exprimer, c’est vouloir l’empêcher de respirer et de vivre. Ceux qui ont tenté de priver Malala de vivre et de parler, d’exister et de poursuivre ses ambitions sont parvenus à la blesser grièvement, mais n’ont pas atteint ce qu’elle a de plus précieux : son intelligence et sa volonté. Ils ont aussi échoué à abattre le symbole qu’elle représente pour les femmes du monde entier, le symbole du courage, de la conscience et de la force de ceux qui agissent.

A l’issue du discours de Najat Vallaud Belkacem, lors de la remise du Prix Simone de Beauvoir à Malala, mercredi 9 janvier 2012, les yeux de l’assemblée étaient embués. Mais au-delà de l’indignation et de l’émotion, un message indispensable passait à travers les mots de Simone de Beauvoir, cités en conclusion de l’allocution de la Ministre : « Le présent n’est pas un passé en puissance, il est le moment du choix et de l’action. »

Avec Malala, avec toutes les femmes qui se battent partout dans le monde contre les violences et pour l’égalité, faisons du « présent le moment du choix et de l’action », donnons de l’écho aux voix qui s’élèvent pour que les femmes aient partout le droit, comme l’adolescente pakistanaise, de s’instruire et d’apprendre le métier de leur choix et d’accéder aux responsabilités qu’elles méritent.

Marie Donzel

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