"La transformation digitale: une occasion historique pour la mixité"

bargeo Leadership

 

Rencontre avec Magali Noé, chief digital officer du groupe CNP Assurances

 

 

© D. Croizet

Magali Noé est chief digital officer. Un métier nouveau, hautement stratégique… Et particulièrement féminisé. Selon une étude du Cabinet Gartner, il y aurait 2 fois plus de femmes que d’hommes à exercer la fonction de CDO.

Mais qu’est-ce au juste que ce nouveau métier? Quel parcours y mène? Quelles qualités particulières requiert-il?

A toutes ces questions, Magali Noé a bien voulu répondre, pour les lectrices et lecteurs du blog EVE.

 

 

 

 

Eve le blog : Bonjour Magali. Quel parcours vous a menée au poste de chief digital officer du groupe CNP Assurances?

Magali Noé : C’est un métier récent et il n’y a donc pas de “parcours typique”. Le mien a commencé, après des études de mathématiques, par de l’actuariat, au cœur des métiers de l’assurance! J’ai ensuite évolué vers le marketing et l’ingénierie produits.

J’ai rejoint CNP Assurances en 2008 afin de prendre la tête du service marketing produits, études et veille, avant de devenir directrice des ingénieries du patrimoine et de la distribution.

En 2013, j’ai occupé un poste de chargée de missions auprès de Frédéric Lavenir, directeur général, afin de de piloter des projets de lancement de supports innovants (notamment les fonds Eurocroissance). En 2015, Frédéric Lavenir m’a proposé de devenir chief digital officier du Groupe, ce que j’ai accepté avec enthousiasme.

 

 

Eve le blog : Pourquoi justement, un tel enthousiasme, à prendre en main le sujet de la transformation digitale dans l’entreprise?  

Magali Noé : Trois lignes directrices guident mon parcours.

La première, c’est l’attention portée au client, placée au centre de mes préoccupations. Ses attentes et ses usages évoluent en permanence, et d’autant plus rapidement avec la transformation digitale.

La seconde, c’est un intérêt fort, voire une passion pour tout ce qui touche à l’innovation. J’ai le sentiment que notre génération est très chanceuse de vivre une époque de l’histoire aussi riche de transformations.

La troisième, c’est mon attachement au bien-être, à la motivation et à l’engagement des collaborateurs et collaboratrices. La transformation digitale peut être perçue comme “déstabilisante” pour certain.es. C’est la raison pour laquelle il est important d’accompagner ce mouvement.

 

 

Eve le blog : Ce caractère “déstabilisant” de la transformation digitale, on sait qu’il suscite une grande excitation mais aussi de fortes résistances. Vous sentez-vous vous-même tiraillée, comme beaucoup de personnes aujourd’hui, entre ces deux sentiments?

Magali Noé : Pour ce qui me concerne, j’accueille avec grande joie la transformation digitale et, plus spécifiquement, la culture qu’elle véhicule. Les organisations transversales, le développement du travail collaboratif, la valorisation de l’esprit d’expérimentation, la place faite au droit à l’interrogation et au droit à l’échec sont autant de choses que j’appelle de mes vœux depuis de nombreuses années. Ces pratiques me correspondent, font écho à mes valeurs et m’épanouissent.

Néanmoins, je comprends parfaitement que s’expriment certaines craintes et résistances. Il serait absurde d’affirmer qu’il est facile de changer de monde! Mon challenge consiste donc à fédérer l’ensemble des collaborateurs dans ce mouvement de transformation.

 

 

Eve le blog : Est-ce à dire qu’une partie de votre mission consiste à faire sauter des freins?

Magali Noé : Je dirais même que faire sauter les freins est au cœur du rôle de chief digital officer. Je suis là pour écouter les questions et apporter des réponses, et non pour changer radicalement les méthodes de travail. L’assurance est une activité de “long terme”: de ce fait, il est parfois difficile de faire comprendre  la nécessité de changer dès maintenant nos façons de travailler, puisqu’il ne semble pas qu’il y ait urgence. Il est, en revanche, important d’anticiper, principalement à une époque où tous les rythmes s’accélèrent.

Ce n’est pas en étant alarmiste que l’on permet aux personnes de se projeter dans l’avenir: c’est en expliquant les choses et en les rendant possibles et faciles. Ainsi, chacun peut se sentir acteur.

 

 

Eve le blog : Quels autres freins à la transformation digitale observez-vous?

Magali Noé : Beaucoup voient le digital comme quelque chose qui vient “en plus” et non “à la place” de leur quotidien. La multiplication rapide des outils peut renforcer ce sentiment d’être submergé.e par de nouvelles tâches et de nouvelles obligations.

C’est pourquoi il ne faut pas perdre de vue que la transformation digitale est une mutation culturelle : ce sont les codes et les façons de travailler qu’elle remet en question. Les managers, doivent aujourd’hui encore plus qu’hier être des “leaders”, qui engagent et facilitent. Ce sont de nouvelles règles du jeu à adopter.

 

 

Eve le blog : Votre métier semble demander beaucoup d’écoute et d’empathie. Voyez-vous d’autres qualités qui forgent un(e) bon(ne) chief digital officer?

Magali Noé : Je confirme que la première des qualités est l’écoute. L’objectif n’est pas d’imposer nos idées pour bâtir des modèles établis et les dupliquer en passant en force. Notre rôle consiste à écouter, comprendre, encourager, stimuler, mettre en relation, accompagner… Plus que de l’écoute : une vraie posture d’humilité est essentielle.

Ceci n’est pas incompatible avec une autre qualité fondamentale du CDO : l’ambition. Nous avons de l’ambition, à la fois pour l’entreprise et pour ses collaboratrices et collaborateurs. Nous devons donner un cap et le tenir, en embarquant tout le monde…

… Ce qui nécessite également de la ténacité et de la résilience! Le métier implique des remises en questions, des moments de doute, parfois des échecs. Il faut savoir rebondir, contourner les obstacles…

 

 

Eve le blog : Le métier de chief digital officer est assez féminisé. Y voyez-vous une corrélation avec les qualités requises pour ce poste?

Magali Noé : Il se peut que certaines qualités que les femmes développent au cours de leur parcours rejoignent celles qui sont attendues d’un chief digital officer : agilité, esprit de coopération, capacité à contourner les difficultés et à prendre des chemins de traverse quand des obstacles se dressent…

Mais je crois que la féminisation du métier de chief digital officer est essentiellement liée au fait que les femmes ont bien compris que la transformation digitale, parce qu’elle amène des changements radicaux, est également une formidable occasion de saisir des opportunités et de faire avancer la mixité pour toutes et tous.

C’est bien comme cela qu’il faut l’entendre : une occasion historique nous est donnée de changer les choses. Mais les choses ne vont pas changer toutes seules : pour que la transformation digitale profite à la mixité, il faut que nous agissions. Je vois deux axes prioritaires : l’éducation (pour que nos filles trouvent aussi merveilleux d’avoir un destin de start-uppeuse qu’un destin de princesse!) et l’engagement des dirigeant.es pour donner une vision cohérente et intégrée de tous les mouvements de changement (qu’ils et elles ne fassent de la transformation digitale, des progrès de la mixité, des mutations dans les façons de travailler, des évolutions dans les relations avec les parties prenantes etc. qu’un seul et même sujet).

 

 

Propos recueillis par Marie Donzel. Avec la complicité des équipes de CNP Assurances et de Françoise Teychenné (Caisse des Dépôts).

 

ET AUSSI…