"Rôle" des femmes : l'enquête internationale qui révèle un grand retour des stéréotypes traditionnels?

Eve, Le Blog Leadership

Révélée en début de mois, la grande enquête Ipsos MORI Global Trends 2017 portant sur plus de 18000 personnes interrogées dans 23 pays a été largement commentée dans les médias sur un point précis : la vision que nos contemporain.es se font du « rôle » d’une femme.

 

La « femme au foyer » plébiscitée

Et c’est peu de dire que la douche est froide : au global 37% des sondé.es pensent que le « rôle » d’une femme dans la société est d’être avant tout bonne mère et bonne épouse.

Les chiffres s’envolent en Indonésie où 76% de la population exprime cette vision traditionnelle des femmes, comme en Russie (69%) ou en Inde (64%) ; ils sont plus faibles (mais troublants quand même) en Suède (17%), en Espagne (19%) au Royaume-Uni (22%).

 

Le retour en force de la tradition?

Le comparatif avec la même enquête de 2014 est plus préoccupant encore : l’idée que la place des femmes est plutôt au foyer a progressé de 3 points au global en 3 ans, mais aussi de 8 points en Suède, en Espagne, en France. Elle a légèrement régressé au Royaume-Uni (- 2 points), plus sensiblement au Japon (- 9 points), en Argentine (- 10 points).

Est-ce à dire que nous assistons à un grand « backlash » mondial qui voudrait bientôt renvoyer les femmes aux casseroles et biberons? Claire Emes, senior director d’Ipsos Mori, invoque la montée du fait religieux et l’arrivée au pouvoir de leaders conservateurs dans plusieurs pays, comme piste d’analyse. Et c’est sans doute ce qui vaut à cette série de datas d’être classée au chapitre « the rise and rise of tradition ».

Néanmoins, la formulation de la question (fermée) adressée aux sondé.es peut-être discutée : quand on demande à des personnes si elles sont d’accord ou pas avec l’assertion selon laquelle « le rôle des femmes dans la société est d’être bonne mères et bonnes épouses », n’oriente-t-on pas quelque peu la réponse ? Et peut-être dilue-t-on aussi, dans une vague apparemment très conservatrice, des opinions plus nuancées qui comptent parmi les « rôles » d’une femme celui de mère et compagne.

 

La femme au foyer ET au pouvoir

D’autres éléments de l’étude, moins médiatisés, dressent un tableau un peu différent de la perception des femmes. Par exemple, 57% des sondé.es estiment que le monde irait mieux si les femmes occupaient des positions de leadership dans le monde politique et économique.

On rebat alors les cartes des pays plus ou moins progressistes : l’Inde qui voulait à 64% les femmes à la maison les veut aussi à 79% aux affaires ; même schéma pour la Turquie (47% d’amateurs de la figure de bonne épouse/bonne mère et 72% de bienveillant.es à l’égard de celle de leader), le Brésil (43% versus  69%).

Dans des mesures variables, la situation est partout la même : les femmes ne sont pas attendues à la maison ou au pouvoir, mais à la maison ET au pouvoir.

 

Et si on ne cherchait plus à définir un « rôle » des femmes ?

Peut aussi être débattue sur le fond l’idée même d’interroger la population sur les « rôles » d’un genre, et d’un seul, contenant en soi le présupposé d’une féminité assignée à des fonctions  et attentes sociales.

Peut-être aurions nous des surprises, et pour commencer un certain sentiment d’incongruité, si l’on consultait la population pour déterminer à quoi, selon elle, servent les hommes.

 

Marie Donzel, pour le webmagazine EVE.

 

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