Le job-sharing, pour un leadership flexible et… équilibré

Eve, Le Blog Responsabilité Sociale

« House of Cadres » c’est à la fois un site d’emploi, une plateforme d’information et un centre d’expertise dédiés aux nouvelles formes d’emploi des cadres. Au cœur de l’offre innovante de « House of Cadres », il y a le job-sharing, une solution d’avenir pour le leadership équilibré. On en parle avec deux des fondatrices, Caroline de Tinguy et Caroline de Tournelle.

Quel parcours vous a menées à la création de « House of cadres » ?

Caroline de Tinguy : Nous sommes trois co-fondatrices, qui nous connaissons de longue date et nous sommes retrouvées récemment autour de problématiques communes : comment concilier ambition professionnelle et besoin de souplesse dans l’organisation de notre temps de travail.

J’ai travaillé pendant des années à Londres pour un groupe bancaire français et j’y ai expérimenté très simplement le « flexible working » : j’étais aux 4/5è avec deux après-midi off par semaine et pour obtenir cela, je n’avais rien eu d’autre à faire qu’une demande aux RH. Quelle n’a donc pas été ma surprise quand, mutée à Paris, à des fonctions équivalentes, avec un même portefeuille de clients, une même équipe, je me suis vu refuser la même organisation de mon travail ! L’idée m’est alors venue de créer une plateforme dédiée au travail flexible, avec la conviction que mes problématiques étaient celles de nombreuses femmes cadres et que les entreprises, confrontées à des enjeux d’attractivité et de rétention de talents, devraient tôt ou tard y venir.

Caroline de la Tournelle : J’avais moi aussi travaillé à l’étranger, au Qatar, où le rythme de travail est très différent que celui qu’on connait en France : on commence très tôt mais on est libre dès 15h ou 16h. Judy, la troisième co-fondatrice, avait, elle aussi, eu une expérience internationale et voulait revenir sur le marché du travail français après une période d’interruption d’activité choisie. Toutes trois, nous avions donc cette problématique de conciliation des temps de vie et toutes trois, nous avions un bon aperçu de la diversité des pratiques d’organisation du travail.

Parmi les solutions de travail flexible que vous mettez en avant, il y a le « job sharing ». De quoi s’agit-il ?

Caroline de Tinguy : Le job-sharing est une forme d’emploi, en plein développement aux Etats-Unis, en Suisse et au Royaume-Uni, qui consiste à partager un poste à deux collaborateurs/collaboratrices exerçant chacun·e à temps partiel. Deux modalités sont possibles :

  • le « job splitting » qui permet que deux personnes complémentaires se partagent les missions et le temps de travail d’une même fonction. On fait appel à l’une ou l’autre selon le besoin.
  • le « job pairing » qui permet à deux personnes qui exercent pleinement toute la fonction de se partager le temps de travail. On fait appel à l’une ou l’autre selon celle qui est au poste au moment.

Caroline de La Tournelle : Ces formes d’emploi sont indiquées pour les cadres supérieurs/cadres dirigeant·e·s qui veulent garder des perspectives de carrière tout en ayant un bon équilibre vie privée/vie professionnelle. Cela représente aussi de vrais bénéfices pour les entreprises qui cherchent souvent le mouton à 5 pattes et se retrouvent finalement avec le mouton à 8 pattes ! Autrement dit, les organisations peuvent conjuguer les apports de deux talents, lesquels prennent des décisions d’autant plus solides qu’ils confrontent leurs points de vue et se partagent la pression. Les « job-sharers » sont de véritables « sparring-partners », qui incarnent aussi une forme d’exemplarité en matière de partage des responsabilités, de sens du collectif et de la solidarité.

Quelles sont les conditions de la réussite d’un binôme de job-sharing ?

Caroline de La Tournelle : Il y faut d’abord de la motivation et un « fit » humain, car le job-sharing, c’est de la coopération étroite : il va falloir s’entendre sur une organisation, faire circuler l’information, et bien sûr garantir une cohérence du leadership pour l’équipe et les parties prenantes. Chez « House of Cadres », tous les binômes sont accompagnés par un coach pour mettre en place les bonnes conditions de la collaboration.

Caroline de Tinguy : Il faut aussi que la culture de l’entreprise s’y prête… Ou qu’elle se transforme de façon à pouvoir accueillir de nouvelles formes d’organisation du travail. Il faut que la France se libère du présentéisme. C’est un vrai frein à la transformation des entreprises.

Caroline de la Tournelle : La mise en place du job-sharing, pourvu que ce soit avec l’appui convaincu des dirigeant·e·s, peut d’ailleurs être un levier de la transformation. Dans les faits, le partage du leadership par deux personnes oblige chaque collaborateur/collaboratrice à se poser de bonnes questions sur ce qu’il/elle attend de ses leaders, à faciliter la transmission de l’information, à agir en coopération.

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