PWN : premier réseau professionnel international de femmes

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Rencontre avec Martine Van Went et Sandy Beky, co-présidentes de Professional Women’s Network

 

Martine Van Went – Sandy Beky (DR)

En ouvrant un dossier thématique consacré aux réseaux de femmes, nous ne pouvions passer à côté de celui-là, l’un des premiers, des plus vastes et des plus actifs : Professional Women’s Network.

Né à Paris, avec une ambition européenne, il est aujourd’hui présent dans 25 villes du monde parmi lesquelles Munich, Madrid, Copenhague, Sao Paulo, (et à venir Kuala Lumpur ou Singapour).

Comptant 3500 membres, il organise plus de  400 événements par an et s’impose comme un modèle de réseau international de femmes dynamique, prospectif et influent.

 

Pour en savoir plus, nous avons rencontré Martine Van Went et Sandy Beky, co-présidentes de PWN Paris (900 membres et 80 évènements par an).

 

 

 

Eve le blog : PWN est l’un des plus grands et des plus influents réseaux professionnels de femmes aujourd’hui. Mais quand a commencé son histoire ?

Sandy Beky : Le réseau est né dans les années 1990, dans la cuisine d’une américano-canadienne à Paris, Avivah Cox-Wittenberg (ndlr : célèbre coach qui fut parmi les pionnières de l’accompagnement des femmes à la prise de responsabilités) qui, avec son amie écossaise Margaret Milan (ndlr : fondatrice d’Eveil & Jeux), a fait le constat que le networking, si courant dans le monde anglo-saxon, était quasiment absent des pratiques professionnelles en France. Ou que c’était quelque chose de non-dit, de très officieux, de mal assumé… Plus encore chez les femmes, qui n’avaient pas forcément accès aux réseaux traditionnels et qui surtout semblaient ne pas en percevoir pleinement l’importance pour leur développement de carrière. Alors, Avivah et Margaret ont tout simplement pris leurs carnets d’adresses et commencé à organiser des rencontres régulières entre femmes d’affaires pour échanger et se soutenir mutuellement…

PWN, né dans une cuisine, est un peu comme Apple, né dans un garage : il y a ce même mix de simplicité d’approche, de décomplexion, d’innovation et d’ambition.

 

 

Eve le blog : Quels sont les fondamentaux de ce qu’on pourrait appeler « l’esprit » du réseau PWN ?

Martine Van Went : C’est avant tout la solidarité comme levier de progression pour les membres. PWN se conçoit comme un environnement de sécurité et de bienveillance pour les femmes qui doivent pouvoir s’y exprimer sans s’auto-censurer et sans crainte d’être jugées.

 

Sandy Beky : De cet esprit de solidarité, découle un véritable esprit de partage. Nous sommes là pour nous faire profiter mutuellement de nos expériences. D’ailleurs, nous avons très tôt mis en place un programme de mentoring au sein du réseau.

 

Martine Van Went : Le partage, c’est aussi la grande ouverture d’esprit et la grande diversité de nos membres. Nous réunissons des femmes de tous horizons : des entrepreneures, des cadres du privé et du public, des indépendantes, des artisanes et des artistes… Ce qui fait que PWN est aussi un espace de ressourcement : on y côtoie des personnes qui vous sortent de votre univers !

 

Sandy Beky : J’ajouterai encore la notion d’engagement. Ce que nous demandons aux membres de PWN, c’est de s’investir, de s’emparer des sujets et de se lancer dans les actions.

 

Martine Van Went : C’est même un peu la recette de notre succès : nous avons 900 membres à Paris, c’est une chose, mais nous avons en permanence entre 250 et 300 qui sont actives, engagées sur l’organisation d’un événement, la préparation d’une publication ou la mise en place d’un projet… Un tel dynamisme, sur le long terme, c’est un peu du jamais-vu dans l’univers des réseaux. Mais nous le devons à une politique assumée du « grand bain » : quand une nouvelle membre arrive, on l’invite immédiatement à s’investir concrètement, en prenant un dossier en charge. Il n’y a pas d’étapes initiatiques à valider pour se faire accepter dans le réseau : on y apprend en faisant, on y fait sa place en la prenant ! Ce qui est d’ailleurs en soi, une véritable action d’empowerment : de nombreuses femmes à qui on a tout de suite confié un projet, nous ont dit qu’elles s’étaient rapidement découvert de nombreuses ressources insoupçonnées.

 

Sandy Beky : Ce qu’elles disent aussi, c’est qu’après s’être parfois surprises elles-mêmes, elles ont aussi étonné leur entourage. L’une d’elles me racontait récemment qu’en discutant avec son N+1 de son investissement dans PWN, celui-ci avait découvert qu’elle avait des tas de cordes à son arc… Ce qui lui avait donné la bonne idée de la promouvoir! De nombreux exemples de ce type témoignent du fait que PWN offre de vraies opportunités pour se développer, prendre confiance et gagner en leadership.

 

 

Eve le blog : Pouvez-vous nous parler de quelques initiatives emblématiques du réseau ?

Martine Van Went : PWN Paris organise 80 événements par an, pour 95% orientés sur le monde professionnel et le business. Nous avons les « last thursday cocktails » pour l’accueil des nouvelles arrivantes, et bien sûr nos grandes soirées networking, à Paris… Nous avons aussi le speaker’s dinner mensuel, avec toujours des invité-es de très haut niveau (je pense tout de suite à Nicole Notat, Nicole Ameline, Anne Thévenet-Abitbol, Agnès Verdier Molinié, Natalie Loiseau, Brigitte Dumont, Anne Lauvergeon, mais nous avons reçu des dizaines d’autres, toutes plus brillantes et inspirantes les unes que les autres).

 

Sandy Beky : Nous organisons de grands rassemblements annuels avec des partenaires d’envergure : grandes entreprises (telle Orange), prestigieux établissements d’enseignement supérieur (HEC, l’ESSEC, l’INSEAD…), institutions internationales (OCDE). L’un des plus attendus, le Best Of Day, a lieu à la mi-juin : c’est une journée événement pour se former, débattre et partager les bonnes pratiques. Cette année, le Best Of Day aura pour angle l’audace et l’innovation.

Nous sommes également au rendez-vous de la Journée Internationale des Droits des Femmes en partenariat avec l’OCDE, avec chaque année un thème d’approfondissement. En 2015, nous instruirons celui de la carrière non linéaire des femmes.

 

Martine Van Went : Nous avons encore des activités d’édition. Nous publions des ouvrages qui font le point sur les problématiques sensibles, émergentes ou d’avenir : les femmes et l’argent, les réseaux professionnels, les femmes dans les conseils d’administration, l’engagement des hommes (ndlr : à paraître en mars 2015 – le blog EVE y consacrera prochainement un article complet). Riche de l’expérience de ses membres, fort de ses rencontres enrichissantes, le réseau est aussi un laboratoire de prospective qui veut faire part à la société de ses travaux.

 

Sandy Beky : En effet, nous ne sommes pas seulement là pour encourager les « best practices », mais aussi pour défricher les « next practices ».

 

 

Eve le blog : Au titre de vos actions, nous avons aussi repéré le Prix Entrepreneure Responsable. Pourquoi pas tout simplement un prix de la femme entrepreneure ? Pensez-vous que la responsabilité sociétale et environnementale des entreprises est plutôt une « affaire de femmes » ?

Martine Van Went : La responsabilité à l’égard des environnements écologiques, sociaux, économiques et humains est l’affaire de tout le monde, femmes et hommes. Nous avons choisi de distinguer notre Prix de la femme entrepreneure en portant l’accent sur la responsabilité car il y a tout simplement la rencontre de deux questions très importantes pour notre époque et pour l’avenir : l’entrepreneuriat au féminin, en progression constante, et l’entreprise responsable, qui est bien le modèle incontournable du présent et du futur.

 

Sandy Beky : J’ajoute que, de façon plus générale, la notion d’impact positif est une valeur de fond de PWN. Nous voulons servir. Servir aux femmes du réseau, aux femmes au-delà du réseau et plus globalement au monde de l’entreprise et à la société dans son ensemble.

 

Martine Van Went : En effet, ce dont nous sommes convaincues et dont nous voulons convaincre, c’est que l’équilibre femmes/hommes est un vecteur de progrès. De ce fait, notre réseau est ambitieux et assume un haut niveau d’exigence.

 

 

Eve le blog : Justement, ne craignez-vous pas que ce haut niveau d’exigence puisse intimider certaines femmes ?

Martine Van Went : A vrai dire, nous sommes plutôt vigilantes sur le problème inverse : certaines femmes du réseau auraient parfois tendance au sur-investissement. Bien sûr que leur énergie, leur rigueur, leur sens du travail bien fait est une richesse pour le réseau ; et cela d’autant qu’en tant que réseau qui adresse prioritairement sinon exclusivement les questions business, nous devons tenir une image très pro. Mais ce que nous promouvons, c’est un modèle de leadership équilibré. Il ne s’agit pas, pour des femmes qui se mettent déjà souvent une très grosse pression dans tous les domaines de leur vie, de s’en remettre une couche dans leur activité bénévole au sein du réseau.

Il y a là un très gros enjeu : nous travaillons la posture, de façon à ce que les femmes s’évitent un certain nombre de pièges qui peuvent rendre contre-productifs leurs efforts pour progresser.

 

 

Eve le blog : Quels sont ces pièges ?

Martine Van Went : Ce sont des choses très connues, comme le fait qu’elles ont tendance à négliger le faire-savoir en comptant sur le fait qu’on reconnaîtra naturellement leur savoir-faire. Ce sont aussi tous les complexes, d’imposture et autres, qui font par exemple qu’elles confondent parfois « travailler bien » et « travailler trop », éventuellement jusqu’à l’épuisement de leurs forces. Il y a pourtant d’autres voies, et heureusement, que celle de se donner toute entière pour donner le meilleur de soi-même !

 

Sandy Beky : Ce que le réseau leur propose, c’est un autre cadre pour expérimenter d’autres façons d’être, de faire, de s’exprimer

 

Martine Van Went : Le réseau, c’est bien un autre cadre. Ce n’est pas un espace sans cadre. Ce qu’on y encourage, c’est l’autonomie. Une notion plus porteuse encore que la seule indépendance, car l’autonomie n’oppose pas une situation de soumission (je fais ce qu’on me demande) à une position de souveraineté absolue (je ne fais que ce que je veux), mais engage la personne à prendre ses responsabilités au sein du collectif, en exerçant un pouvoir de proposition et en se donnant les justes moyens de réaliser ses projets.

 

 

Propos recueillis par Marie Donzel, pour le blog EVE. Avec la complicité active de Thévi de Coninck.

 

 

 

Le Prix Entrepreneure Responsable

 

Créé en 2011, le Prix de l’Entrepreneure Responsable est remis chaque année à une créatrice qui porte un projet d’entreprise durable en termes économiques, humains et environnementaux.

 

Soutenu depuis ses débuts par Helena Rubinstein, il compte aussi parmi ses partenaires Aviva Assurance, EarthTalent by Bolloré, BusinessOFéminin et Maddyness. S’y ajoutent, en 2015, deux nouveaux sponsors : la start-up Homy+ (qui développe une appli d’agenda partageable avec une fonctionnalité de mini-réseau social familial ) et le cabinet de conseil et formation Adaliance (qui propose des solutions de formation et e-learning sur mesure). « Ce sont deux jeunes entreprises, fondées et dirigées par des hommes qui ont d’eux-mêmes manifesté leur souhait de s’engager aux côtés de PWN, au travers du Prix Entrepreneure Responsable, ce qui résonne bien sûr avec l’un de nos thèmes de travail actuel, l’engagement des hommes », explique Sandy Beky. « Les valeurs de ces entreprises et de leurs dirigeants rejoignent les nôtres, ce sont celles du partage des responsabilités, de l’équilibre et d’une performance qui ne sacrifie rien à l’humain», complète Martine Van Went.

Le Prix Entrepreneure Responsable sera remis en septembre 2015. La lauréate se verra récompensée par la mise à disposition d’une « dream team » composée d’expertes qualifiées en des domaines variés (droit, gestion, communication…) qui s’engagent à les accompagner toute une année durant dans le développement de leur projet.

 

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