Où en sont les Français-es avec les stéréotypes ?

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Synthèse du rapport d’enquête Mediaprism/Laboratoire de l’égalité

Le Laboratoire de l’Egalité (dont notre partenaire Orange est un fidèle soutien) oeuvre à rassembler tous les acteurs économiques, politiques et sociaux désireux de mettre en oeuvre les moyens d’une réelle égalité entre les femmes et les hommes. Il mène notamment un important travail de sensibilisation et d’interpellation de l’opinion publique. La qualité de ses productions repose en grande partie sur un état d’esprit positif et constructif, destiné à impliquer chacun-e dans la réalisation d’un objectif de justice et d’égalité. Empreint de cette volonté d’éclairer pour rassembler et agir, le Laboratoire vient de publier un passionnant rapport sur l’état de la société française à l’égard des stéréotypes sexistes. Nous l’avons lu pour vous.


Tous sexistes sans le savoir (et sans le vouloir)?

Qui véhicule des stéréotypes sexistes? Les autres, bien sûr!

Le premier enseignement de la consultation menée par l’institut Mediaprism auprès de 2733 individus de tous âges et de toutes catégories socio-professionnelles est celui d’une certaine prise de conscience.

95% des personnes interrogées estiment en effet que l’ « on » véhicule des stéréotypes hommes/femmes. Mais qui est ce « on »? Plutôt les autres! 64% seulement des interviewé-es reconnaissent être eux-mêmes à l’origine de la propagation de propos sexistes. Cette distorsion serait-elle paradoxalement révélatrice de la bonne volonté d’une large partie de la population sur ce sujet? En disant « Ce n’est pas moi, c’est les autres! », les Français-es se défaussent-ils tout simplement de leur responsabilité ou expriment-ils leur conviction que le sexisme n’est valorisant pour personne et qu’ils ne tiennent pas à en être des vecteurs?

Reste à faire entendre que malgré toute la bonne volonté de chacun-e, la lutte contre le stéréotype passe aussi et surtout par la remise en question de ses propres perceptions du masculin et du féminin. C’est là que la question se complique…


L’essentialisme a la vie dure

Un stéréotype plus prégnant que tout autre : le sens de l'orientation prétendument défaillant des femmes. Sont-elles vouées à se perdre quand elles veulent avancer?

Les femmes et les hommes sont différents. C’est un fait structurant de nos constructions mentales. L’enjeu est de démêler ce qui relève de la reconnaissance des différences biologiques des sexes et de la conscience des caractéristiques socialement induites de genre.

62% des Français-es estiment que dès la naissance, filles et garçons ont des comportements et des centres d’intérêt différents et pour 49% d’entre eux, c’est le fait d’une différence biologique essentielle. Voilà une très forte intuition d’innéité qui explique la persistance de grands préjugés classiques comme celui du piètre sens de l’orientation des femmes (pour 44% des hommes interrogés) ou de l’incapacité des hommes à être multitâches (pour 43% des femmes).

Au-delà d’un refus caractérisé des individus de remettre en cause leurs certitudes, cette permanence d’un réflexe essentialiste pourrait bien témoigner d’une crainte sourde de voir l’égalité hommes/femmes glisser vers l’indifférenciation hommes/femmes. Sans doute faut-il continuer à bâtir un langage à la fois éclairant et rassurant pour convaincre encore et toujours que l’égalité est précisément le lieu de l’expression libre de la différence et non celui de son abolition.


L’exercice du leadership, forcément adossé à la conciliation vie privée/vie professionnelle

Pour 57% de la population, exercer un poste à responsabilité tout en élevant des enfants est plus difficile pour une femme que pour un homme. C’est, selon 77% des femmes, le fait d’une difficulté à concilier l’organisation de la vie familiale avec les exigences d’une vie professionnelle intense.

Rien de surprenant dans ces données. Les entreprises partenaires du programme EVE qui mettent toutes en place des dispositifs favorisant cette conciliation ont bien perçu qu’il y avait là un levier essentiel de l’accès des femmes aux postes de dirigeant-es.


La maternité indispensable, la paternité facultative

La paternité, plus "facultative" pour les hommes que la maternité pour les femmes?

Là où l’enquête Mediaprism pour le Laboratoire de l’Egalité apporte un élément clé, c’est au niveau des perceptions sur le désir de parentalité. Hommes et femmes confondus estiment à 40% qu’il est plus douloureux pour une femme de renoncer à la maternité que pour un homme à la paternité.

Ce chiffre nous semble signifier, avec une certaine cruauté, que les femmes ne s’autorisent pas à mettre en cause le besoin de construction d’une vie familiale autant que les hommes ne s’autorisent pas à le considérer comme un désir complètement légitime pour eux. Sur ce thème tout particulièrement intime, la liberté de chacun-e semble étroitement contrainte par le stéréotype inégalitaire : la femme sans enfant reste socialement amputée quand le désir de paternité n’est pas considéré comme « vital » pour un homme…


Comment faire?

Pour l’immense majorité des personnes interrogées, les médias ont un grand rôle à jouer dans la lutte contre les stéréotypes.

Mais c’est à la formation des entreprises à l’égalité que les personnes interrogées font à 84% confiance pour transformer les perceptions et agir concrètement en faveur de l’égalité, dans la société toute entière. Une conviction que nous partageons évidemment et qui est au coeur même de la démarche du Programme EVE…


Marie Donzel

Comments 3

  1. Et surtout l’on ignore à quels points les stéréotypes sexistes impactent la question de la rémunération des femmes. Je suis sidérée par tout ce que j’entends dans les interventions que je fais auprès des femmes sur ce sujet! Tant qu’on ne travaillera pas à ce niveau, on ne réduira pas les inégalités de salaire entre hommes et femmes.

  2. La formation des entreprises à l’égalité c’est bien, mais cela ne suffit pas à détricoter les stéréotypes de genre ancrés depuis la petite enfance, je suis pour une formation des parents, des médecins et personnels soignants, des enseignants et pour une éducation sur ce sujet dans toutes les classes à tous les niveaux. Allons-y franchement, sinon nous resterons dans l’entreprises avec des femmes chargées de la com ou des RH et les hommes dans les fonctions opérationnelles

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