Florence Haxel, LA bonne copine

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Florence Haxel (c) Gilles Dacquin

Florence Haxel a fondé le premier réseau social d’entraide entre femmes : Mes Bonnes Copines.

Un réseau qui croise tous nos réseaux : c’est notre partenaire Le Crédit Agricole qui nous a parlé d’elle en premier, mais nous avons rapidement découvert qu’elle avait aussi rencontré les équipes de Danone. Et encore bien d’autres figures de la galaxie des femmes qui osent…

Portrait.

 

 

 

Un tempérament de leader, une âme d’entrepreneure

D’emblée, elle l’admet volontiers : quand elle était petite et qu’on jouait entre copines à faire la classe, c’était elle, la maîtresse. Un tempérament de leader, donc.

Mais le plus souvent, elle préférait inventer des jeux et en écrire les règles. Un esprit innovant, une âme d’entrepreneure.

Entreprendre, c’était le rêve de son père, pharmacien, qui grognait contre le statut de salarié et aspirait à ouvrir un jour sa propre officine. Le désir d’être libre, de conduire son propre destin professionnel, de poursuivre ses rêves et de se donner les moyens de les réaliser est profondément ancré en elle.

 

« Besoin d’avoir l’impression de pouvoir changer les choses »…

Le rêve d’enfance de Florence Haxel, c’est de « travailler avec des artistes« .

Pour les faire venir à elle, elle crée à 17 ans sa propre association : La Tribu des Jeunes Créateurs.

En parallèle, elle poursuit ses études au Celsa puis décroche une maîtrise d’arts du spectacle.

En 1998, l’année de « la fameuse Coupe du Monde« , elle est assistante du réalisateur de la cérémonie d’ouverture et de clôture de l’événement sportif qui fait vibrer toute la France.

Une « expérience inoubliable » et un sésame pour la vie pro : elle a 21 ans et on lui offre un job au marketing de Chanel prêt-à-porter. « C’est la classe« , mais au bout de deux ans, Florence s’ennuie un peu : elle a « besoin d’avoir l’impression de pouvoir changer les choses« .

Les grosses boîtes installées, ce n’est pas pour elle.

 

Chèfe de tribu

A dire vrai, la boîte faite pour elle, elle brûle de la créer.

Elle transforme alors son association en entreprise : la Tribu des Jeunes Créateurs devient la Tribu des Créateurs ou la Tribu, en abrégé. C’est une agence de production artistique qui met en relation comédiens, danseurs, jongleurs, équilibristes et autres musiciens avec les entreprises qui organisent des événements, séminaires, lancements, salons…

Pendant quatre ans, elle « mange des pâtes chinoises« . Dur, dur, la vie de jeune entrepreneure. Mais les artistes sont ses amis, elle se sent bien au coeur de sa Tribu, elle aime ce qu’elle fait et puisqu’elle le fait avec passion et détermination, au bout d’un moment, « ça paie, la boule de neige prend« .

Les clients affluent de plus en plus nombreux. Elle bosse comme une dingue et elle adore ça.

 

Des vertus du lâcher-prise

Au bout de quelques années, la boîte tourne, il y a « un bon ronron » et Florence ronronne aussi à sa façon : elle attend son premier enfant.

A la naissance, elle qui a l’habitude de tout mener, voire confesse-t-elle dans un grand rire spontané, de « tout contrôler« , découvre les vertus du lâcher-prise. « De toute façon, avec un enfant, tu n’as pas le choix, le jour où j’ai accepté de vivre au rythme de mon bébé, j’ai réussi à passer des mercredis entiers avec lui, sans paniquer, sans appeler tous les quarts d’heure son père pour lui dire que s’il ne rentrait pas sur le champ, j’allais craquer!« .

Mais vivre au rythme de l’enfant, ce n’est pas non plus tout lui sacrifier : Florence qui a repris le travail le lendemain de la sortie de la maternité, ne renonce pas à ses journées à rallonge de business woman, mais elle les aménage et son conjoint en fait autant. « Parfois, on a un peu l’impression de se croiser, mais puisque chacun s’épanouit dans son truc, il n’y a pas de frustrations« .

Alors, dans la foulée, le couple met en route un petit deuxième. Re-belote : Florence est au bureau 3 jours après avoir mis sa fille au monde.

 

Fatiguée, elle, jamais?

Mais cette fois-ci, au bout de quelques mois, elle se sent très fatiguée. Une sensation qu’elle connait mal et qui la fait « bad tripper« . Elle imagine le pire, se voit malade, se fait prescrire des examens…

Diagnostic du médecin : elle a urgemment besoin de vacances! De quoi? Des vacances!!! Mais c’est autorisé, ça, quand on fourmille d’idées, déborde de projets et endosse la responsabilité d’une entreprise qui compte 650 clients et cumule 1 million de chiffre d’affaires par an? Madame Haxel, vous n’avez pas le choix, il faut recharger les batteries.

Elle se met donc en off, pour 15 jours. Et en profite pour méditer les conseils de la « mentor » qu’elle a trouvée chez WBMI (Women Business Mentoring Initiative) : en finir avec la gestion « bonne mère de famille » de la boîte, appliquer les techniques des grandes entreprises, se détacher de la production pour prendre la hauteur nécessaire au management et au développement, oser voir loin et prendre un coup d’avance dès que possible.

 

« On a toutes au moins un talent, dont on a fait notre job ou pas. »

Après deux jours de vacances, affleure à son esprit l’idée de Mes Bonnes Copines.

C’est simple : « On a toutes des vies de malades, à courir de droite à gauche, du pressing au cordonnier en passant par le bureau de Poste où notre recommandé attend depuis 15 jours. On a toutes besoin d’un coup de main, on ne sait pas toujours à qui demander ou bien on n’ose pas. On a aussi toutes au moins un talent, dont on a fait notre job, ou pas. Si on met en commun tout ça, il y a forcément des solutions pour que toutes s’y retrouvent. »

Florence teste l’idée auprès d’une… Bonne copine!

 

La bonne copine : définition

« La bonne copine« , dit-elle, c’est pas « la meilleure amie avec qui on partage tout de son intimité« , ce n’est pas non plus « la connaissance qu’on voit de loin en loin« , « la bonne copine, c’est la chic fille qui veut du bien à celles qui sont dans le même mood qu’elle« .

C’est une femme de réseau en somme, en interaction avec son environnement et qui ne demande qu’à se faire une foule d’autres « bonnes copines ».

Pour cela, « la bonne copine » a besoin d’un réseau social dédié. C’est bien l’idée de Florence.

 

« On commence quand? »

 La « bonne copine » à qui elle a justement parlé de son projet est emballée… Et elle joue son rôle de « BC » à la perfection, en mettant Florence en relation avec Thierry, consultant web.

Rendez-vous pris, en septembre 2011. Deux heures après leur rencontre, Thierry n’a qu’une question à poser : « On commence quand? »

Du tac au tac : « Le 15 juin 2012, pour une version bêta. Le 1er septembre, pour un lancement officiel. »

 

Pour une autre relation avec les marques

Florence rassemble toutes ses économies et bâtit un business model.

Pour ce faire, elle étudie le marché des « bonnes copines ». Ce qu’elle sait des femmes d’aujourd’hui, c’est que ce sont « des conso’actives : ni baba-cool, ni altermondialistes, mais très impliquées dans leur consommation et désireuses de donner du sens à tout ce qu’elles font« , y compris shopper. Alors, c’est vrai, ces femmes expriment aussi une certaine défiance à l’endroit des marques et de la publicité. Pas question donc de leur imposer des bandeaux promotionnels en home du site internet.

Florence Haxel imagine une nouvelle manière de communiquer pour les entreprises qui veulent toucher cette population de femmes : le challenge! Pour annoncer sur « MBC », les marques doivent accepter de répondre aux questions des abonnées du réseau, y compris les plus taboues ou les plus audacieuses : « Pourquoi vous fabriquez à tel endroit? Pourquoi vos prix ont récemment augmenté? Etes-vous vraiment bio?« …

Florence est claire sur ce point : « On n’est vraiment pas là pour casser les marques, mais pour les accompagner dans une démarche de transparence, leur faire comprendre que la balle est au centre, qu’il faut accepter de jouer en direct avec les consommatrices car les marques ont tout à y gagner ! Aucune publicité ou stratégie de comm’ ne vaudra jamais plus que la recommandation d’une bonne copine !« 

 

« Une spirale vertueuse capable d’embarquer plein de gens »

Le business model de Mes Bonnes Copines intègre aussi des offres premium réservées aux femmes entrepreneures, rassemblées sous le label MBC Pro : un réseau spécial, des formations IRL et une vraie boîte à outils pour celles qui veulent développer leur business.

L’idée générale de Florence Haxel, c’est de créer des « spirales vertueuses capables d’embarquer plein de gens« .

Plein de gens, c’est combien? Objectif 50 000 Bonnes Copines d’ici la fin de l’année, 200 000 à l’horizon 2014 (qui verra aussi la déclinaison internationale du site, in english please et appuyée sur des relais locaux par delà la Manche et l’Atlantique) et 1 million fin 2015.

De l’ambition, Florence en a. Mais celle qui tutoie dès la première poignée de main lui donne le visage humain, souriant, chaleureux et irrésistiblement sympathique d’une bonne copine.

Bonne copine, c’est, je crois bien, ce que nous étions déjà devenues, elle et moi, après deux heures d’entretien.

 

 

Marie Donzel, avec la complicité de Barbara Bod, du Crédit Agricole

 

 

UNE JOURNÉE AVEC FLORENCE

(c) Gilles Dacquin

 

7 h 30 : Centre de loisirs. « Je dépose les enfants et ensuite, soit je file au bureau, soit je rentre travailler chez moi. Longtemps, j’ai culpabilisé vis à vis des équipes de ne pas venir au bureau tous les jours. Maintenant, c’est quelque chose que je me permets, parce que l’organisation que nous avons mis en place permet à chacun-e de travailler en autonomie. Et aussi parce que les nouvelles technologies offrent cette liberté de rester disponible sans être en permanence présent-e physiquement. Ce serait bête de ne pas en profiter.« 

 

8 heures 30 : Derrière l’ordi. « Je checke les mails… Et j’y réponds! J’en reçois 250 à 300 par jour. Il y a ceux que je transmets aux personnes compétentes de l’équipe et tous ceux auxquels je réponds moi-même, souvent parce qu’ils viennent de « bonnes copines » du site qui veulent interagir avec moi. Ca tombe bien, j’aime être en contact direct avec elles.« 

 

10 heures : To do list. « Je liste tout ce que j’ai à faire dans la journée… Sans doute que vers 15 heures, je vais devoir accélérer le rythme pour que ça tienne et/ou re-prioriser.« 

 

10 heures 30 : L’esprit d’équipe. « Je fais le point avec les équipes, je relis, je valide… On refait souvent des points d’étape en cours de journée. Une journée de Mes Bonnes Copines, c’est une semaine de la Tribu des Jeunes Créateurs. C’est ça, une start-up, tout va plus vite.« 

 

13 heures : J’ai rendez-vous avec vous. « La vie de chèfe d’entreprise, ça se passe aussi beaucoup en dehors de l’entreprise. Je viens de terminer une levée de fonds, c’est beaucoup de rendez-vous, de dossiers à bâtir et tout un langage à maîtriser!« 

 

15 heures : Entre Bonnes Copines. « Je suis fréquemment invitée dans des séminaires, des ateliers, des conférences, dans les médias, à parler de Mes Bonnes Copines et à parler avec Mes Bonnes Copines. J’aime ça, mais de surcroît, je pense que c’est indispensable de transmettre et de partager. Ce sont mes valeurs et aussi celles de mon entreprise.« 

 

18 heures 30 : A la sortie de l’école. « Je récupère mes enfants tous les soirs. Il est très rare que je déroge à cette règle que je me suis fixée. Pendant 1 h 30, tous les jours, je suis avec eux et je suis disponible pour eux. Le smartphone reste allumé en cas de grosse urgence, mais le plus souvent, je n’y réponds pas.« 

 

20 heures : Back to Biz(z). « Une fois les enfants couchés, je me remets à bosser. C’est par exemple le moment où j’écris « l’édito de Florence », un petit billet auxquelles les Bonnes Copines sont très attachées. J’y évoque mes joies mais aussi mes failles. C’est important, je crois, de pouvoir parler sans fard aussi bien de ses réussites que de ses moments down. Ca fait du bien à tout le monde. J’aimerais aussi trouver le temps d’écrire un livre pour prolonger l’échange…«