Egalité, mixité, leadership équilibré : le tour de l’actu d’octobre 2017

Eve, Le Blog Actualité, Best practices, Egalité professionnelle, Rôles modèles

 

Comme chaque mois, le webmagazine EVE vous propose sa revue d’actualités commentées sur le front de l’égalité professionnelle, de la mixité en entreprise et du leadership équilibré. Voici les 6 infos qu’il faut retenir d’octobre 2017.

 

#MeToo : mouvement mondial de libération de la parole des femmes

L’affaire a démarré le 5 octobre avec la publication d’un article du New York Times mettant en cause un célèbre producteur d’Hollywood pour des affaires de harcèlement sexuel. S’en est suivi une vague mondiale, portée par le hashtag #MeToo lancé par l’actrice Alyssa Milano : en France, au Royaume-Uni, en Egypte, au Liban, au Sénégal, en Inde, au Canada, au Mexique, des centaines de milliers de femmes ont spontanément rallié le mouvement virtuel avant qu’il ne prenne aussi ses quartiers dans les rues, sous forme de manifestations.

Dynamique inédite de libération de la parole des femmes sur le sujet tabou de leur insécurité dans l’espace professionnel, cette action massive a bien suscité quelques grincements de dent chez des observateurs/observatrices inquiet.es des d’éventuelles dérives calomnieuses et/ou préoccupé.es de l’inscription de la question de l’égalité femmes/hommes dans une logique dite victimaire. Mais dans l’ensemble, il aura plutôt eu pour effet de conscientiser le grand public sur un phénomène massif et d’inspirer dans la foulée une réflexion des hommes eux-mêmes sur leurs comportements et des organisations sur les solutions à apporter pour garantir aux femmes un environnement de travail réellement inclusif.

 

Au Pérou, des reines de beauté qui sont aussi des stars de l’égalité

Les tabous sur les violences faites aux femmes tombent partout et l’indignation est désormais bel et bien au rendez-vous. Au Pérou, la vidéo (insoutenable) d’une femme traînée au sol par son compagnon a entraîné une vague sans précédent de condamnation des féminicides, véritable fléau dans le pays.

La mobilisation s’organise et a gagné jusqu’au concours de miss Pérou. Au lieu d’annoncer leurs mensurations, les 23 finalistes du concours ont l’une après l’autre égrené les chiffres des violences et inégalités de genre. Un sacré coup de buzz militant doublé d’un vent de fraîcheur soufflant sur les concours de beauté, plus réputés jusqu’ici pour promouvoir la femme-objet que pour valoriser la prise de parole audacieuse des femmes.

 

Gender Pay Gap Information : une proposition de loi irlandaise contre les inégalités salariales

Il y a quelques jours était rendu public le dernier rapport Eurostat sur la condition des femmes et des hommes dans l’Union qui révélait la persistance d’inégalités salariales sur tout le continent. Etabli en moyenne à 16,3% à l’échelle européenne, cet écart est de 13,9% en Irlande, ce qui place le pays parmi les moins mauvais élèves du panel. Peut-être est-ce en partie du à une politique volontariste, sur cette dimension au moins de l’égalité professionnelle, menée par le politique dans ce pays.

Dernière mesure en date mise à l’agenda : une proposition de loi de transparence des salaires. Après l’Allemagne et le Royaume-Uni, l’Eire pourrait bien se doter d’un dispositif réputé particulièrement efficace pour faire tomber les freins intériorisés des femmes à la négociation de leur rémunération. En effet, s’il peut sembler embarrassant (et peut-être surtout décourageant quand on sait que même quand elles demandent, les femmes ont 25% de chances en moins que les hommes d’obtenir une revalorisation de leur salaire) d’aller demander son dû à son boss, le déclic peut être déclenché par le constat que le collègue qui n’est ni plus ni moins performant que soi émarge à 10%, 15% ou 20% supplémentaires…

 

Quand Lego lutte contre l’effet Matilda

Coup de chapeau à la firme Lego qui met sur le marché 5 figurines incarnant des femmes ingénieures de la NASA ayant particulièrement contribué aux progrès de la science au cours du XXè siècle. Les héroïnes retenues pour la nouvelle boîte de jeu sont : Margaret Hamilton, programmatrice du logiciel d’Apollo, l’astronome Nancy Grace Roman, à qui l’on doit le télescope Hubble, l’ingénieure Katherie Johnson qui a calculé les trajectoires du Programme Mercury, l’astronaute Sally Ride, première Américaine à être allée dans l’espace en 1983 et Mae Jemison, première Afro-Américaine à avoir fait le même voyage en 1992.

Une belle opération anti-effet Matilda (phénomène d’invisibilisation des femmes dans le récit de l’histoire des sciences et progrès) doublée d’une proposition de « rôles modèles » aux petites filles : qu’elles sachent qu’elles ont elles aussi les moyens de conquérir la planète et même bien plus loin. A l’approche des fêtes, vous savez quoi offrir aux bambin.es !

A signaler aussi, au rayon de la juste remise en visibilité des femmes exemplaires de l’histoire, la parution du livre Ni vues ni connues par le collectif Georgette Sand : 75 portraits de pionnières, parmi lesquelles Hypathie qui a précédé Copernic de 12 siècles dans la découverte du système solaire, Sabina Spielrein qui n’a pas attendu Freud pour théoriser les pulsions, Nzinga Mbandi qui fut une tacticienne militaire hors pair en Angola au XVIè siècle…

 

L’écriture inclusive : un débat peut-être pas si franco-français que ça

Les Français.es sont toujours très agité.es quand il s’agit de toucher à la belle langue qui fait leur fierté ! Rétif.ves aux anglicismes, irritée.es par les néologismes, les voici débattant avec ferveur sur l’écriture inclusive. Un sujet pas neuf (nous pratiquons d’ailleurs l’écriture inclusive sur le webmagazine EVE depuis 7 ans déjà), qui s’inscrit dans le prolongement des recommandations sur la féminisation des noms de métiers et fonctions, mais qui est arrivé à la une des médias à la faveur de la décision des éditions Hatier de faire usage systématique dans un manuel scolaire du « point milieu » permettant d’adjoindre de la façon la plus neutre qui soit un suffixe de féminisation. L’enjeu est, dans la continuité des théories sur la performativité du langage, de faire tomber le cache-sexe d’un masculin pseudo-universel pour écrire et lire une langue qui s’adresse réellement à tou.t.es.

L’Académie française s’en est étranglée, comme plusieurs éditorialistes qualifiant l’acte militant de combat dérisoire (mais c’est dit avec une ferveur qui en dit sans doute long sur l’ampleur des enjeux symboliques) ou s’inquiétant d’une dégradation de l’ergonomie de lecture. La firme Microsoft a en revanche réagi avec un pragmatisme pro-actif en créant une fonctionnalité de correction ortho-grammaticale visant à traquer « le langage genré susceptible d’exclure, de rejeter ou de stéréotyper ». Des claviers équipés du point milieu (qu’il faut aujourd’hui aller chercher dans les caractères spéciaux des applications de traitement de texte) pourraient bien être prochainement commercialisées.

Mais le débat est-il si franco-français que ça ? Pas si sûr quand on sait qu’en francophonie, pour commencer, le sujet de la langue inclusive est parfois bien plus avancé et pacifié, comme c’est le cas au Québec ou en Belgique. Mais les langues disposant d’un neutre plus net que « le masculin qui l’emporte sur le féminin » de la langue de Molière sont aussi touchées par la problématique de l’expression asymétrique qui ancre les inégalités de genre.

Une préoccupation qui a poussé le New York Times à créer le poste de « gender editor » confiée à Jessica Benett. Pour rappel, c’est à cette journaliste star que l’on doit la notion de manterrupting. Elle aura pour rôle, dans ses fonctions de « Gender editor » de veiller à ce que le traitement de l’actualité, dans un journal fortement attaché à une déontologie imposant autant que possible la neutralité du propos informatif, ne produise ni ne conforte de biais sexistes. Son action devrait aller plus loin encore avec la création de rubriques dédiées aux questions de genre, afin de rééquilibrer le poids des contenus mettant en avant des hommes et ceux qui présentent l’action de femmes.

 

 

 

Manif de Momies au Royaume Uni pour défendre les working mums

En anglais « momie » désigne un cadavre embaumé mais aussi une mère. Un jeu de mot dont se sont emparées des militantes britanniques pour fêter Halloween à leur façon. Joyeusement déguisées, elles ont défilé dans les rues des grandes villes du Royaume (Londres, Belfast, Cardiff, Glasgow, Newcastle et Manchester) pour protester contre les discriminations dont sont victimes les femmes au retour de congé maternité.

Ces « marches des momies », à l’initiative du réseau Pregnant Then Screwed, avaient notamment pour mots d’ordre une demande de vigilance accrue quant au risque de licenciement et de placardisation des jeunes mères, et aux faits de harcèlement au travail dont sont victimes 20% des mères qui travaillent (de commentaires négatifs sur leur grossesse en refus d’accorder une absence pour un rendez-vous post-natal, en passant par toutes sortes d’actions décourageantes ou intimidantes, telles le positionnement de réunions importantes à des horaires incompatibles avec ceux des responsabilités familiales).

Les organisatrices des « marches des momies » réclament la transparence sur les acceptations et refus de demandes d’aménagement horaire, l’extension des subventions accordées pour la garde d’enfant jusqu’aux 3 ans de l’enfant (au lieu de 6 mois actuellement) et un congé parental de 6 semaines indemnisé à 90% du salaire pour les hommes.

 

Actualités sélectionnées et commentées par Marie Donzel, pour le webmagazine EVE