Pour une protection de l’environnement plus efficace, faites participer les femmes aux décisions !

Eve, Le Blog Actualité, Dernières contributions

Une récente étude parue dans Nature Climate Change met en évidence que les quotas de femmes dans les instances de décision favorisent nettement l’efficacité des actions de préservation de l’environnement. Décryptage.

Et si on vous rémunérait pour couper des arbres… Ou pour ne pas en couper ?

Nathan Cook, Tara Grillos & Krister Andersson, trois chercheurs en sciences du comportement de l’Université du Colorado ont vérifié l’hypothèse des effets positifs de la mixité sur la préservation de l’environnement en conduisant une expérience dans une trentaine de villages de trois pays (Tanzanie, Pérou, Indonésie).

Les participant·e·s ont été divisé·e·s en groupes strictement paritaires et en groupes aléatoirement constitués.

Il leur a été demandé à chacun·e, individuellement, de prendre la décision de couper des arbres dans la forêt attenante à leur village, une rétribution de 5 unités de valeur étant distribuée pour chaque arbre abattu.

Ensuite, les groupes se sont vu attribuer une somme globale de 160 unités de valeur à répartir entre les membres du groupe si celui-ci parvenait à se mettre d’accord pour couper moins d’arbres que la somme des arbres sacrifiés par chaque individu.

Résultats : les groupes paritaires sont parvenus à réduire de moitié le nombre d’arbres à couper entre la somme des décisions individuelles et la décision collective… Tandis que les groupes comptant une minorité de femmes n’ont renoncé qu’à un bon tiers des coupes claires.

Autre enseignement : la prime de 160 unités a été plus équitablement répartie dans les groupes parfaitement mixtes que dans les groupes composés d’une majorité d’hommes.

Les femmes par essence plus sensibles à l’environnement ?

Faut-il en conclure que les femmes sont par essence plus sensibles à l’environnement ainsi que plus justes dans leur façon de répartir les revenus de l’effort collectif ? L’interprétation est tentante qui résonne volontiers avec les stéréotypes bienveillants attribuant au genre féminin les compétences du care, le souci de l’avenir, la connexion avec la nature, l’esprit collectif et la générosité.

Mais ce n’est pas forcément si simple, disent les auteur·e·s de l’étude qui portent l’accent sur les effets de la mixité sur une dynamique de groupe. En effet, un groupe comprenant davantage de personnes de même genre est plus propice à s’en remettre à la somme des opinions individuelles pour définir la position du collectif.

C’est là un effet de conformisme : quand nous sommes entouré·e·s de gens qui nous ressemblent, il nous semble évident que la raison se trouve du côté de l’opinion majoritaire. Mais quand nous sommes en diversité significative, nous entrons plus facilement dans la confrontation des points de vue et la recherche d’un consensus dépassant les intérêts individuels.

Un effet empowerment ?

Toutefois, l’hypothèse d’une sensibilité supérieure des femmes aux questions environnementales n’est pas complètement invalidée : les groupes constitués d’une majorité de femmes et d’une minorité d’hommes se sont révélés plus performants dans la démarche collective de préservation de l’environnement que les groupes comprenant plus d’hommes que de femmes.

Pour les chercheurs, la cause de ce différentiel n’est pas à chercher seulement du côté des valeurs de la féminité, mais à trouver aussi dans un certain effet « empowerment ». En effet, dit Krister Andersson, le fait que les femmes soient consultées et valorisées dans le cadre d’un process concernant l’ensemble de la population, quand elles ont plutôt l’habitude d’être écartées de la prise de décision, serait de nature à les pousser à « bien faire » pour valider leur pouvoir d’agir…

En ce cas, l’effet mixité sur la qualité des prises de décisions peut-il survivre à la banalisation de la participation des femmes ? En d’autres termes, le jour où les femmes ne vivront plus comme une occasion exceptionnelle le fait qu’on les inclue dans la discussion, s’obligeront-elles autant à donner raison à ceux qui leur auront fait confiance pour prendre de « meilleures » décisions ? Laissée entière, cette question repose celle d’une possible vulnérabilisation du principe d’égalité quand il faut le justifier par la performance.

 

Marie Donzel, pour le webmagazine EVE.

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